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Publié par mohand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La maladie de Bouteflika si elle peut précipiter les évènements ne semble pas pouvoir les déterminer. Elle n’est pas, à proprement parler, un élément d’analyse qui détermine les évolutions envisageables. Bien sûr que si le mandat actuel, le troisième, vient à être interrompu brutalement « la situation exceptionnelle » qui en résulterait justifierait la disqualification des élections et la mise en place d’une « nouvelle transition ». Mais, il faut bien voir que ce ne sera là qu’une question de forme qui ne change rien aux éventualités de fond. Celles-ci peuvent être sériées dans trois hypothèses :

L’hypothèse du statuquo.

En appui sur les capacités de manœuvres du pôle sécuritaire, dont le DRS est la dorsale, la bureaucratie rentière va tenter de prolonger au-delà du règne de Bouteflika l’état de patrimonialisation des institutions et des pouvoirs. L’option suppose d’un côté le maintien des transferts sociaux à un niveau élevé et d’un autre la négociation à l’international d’un modus vivendi qui avalise une situation anachronique.

Les concessions que la bureaucratie aura à faire à l’internationale seront autrement plus importantes que celles qu’elle concédera au niveau domestique. Les pressions qu’exercent déjà les multinationales sur la mesure des 51-49 ne sont probablement pas étrangères à cette éventualité. Comme d’ailleurs leur parrainage de la révision de la loi sur les hydrocarbures.

L’hypothèse de l’intégration du « printemps arabe »

L’Algérie semble avoir miraculeusement échappé à la vague du « changement ».

Les royautés sont passées au travers des troubles. Le Conseil de Coopération du Golf avait dès le printemps 2011 envisagé d’intégrer en son sein le Maroc et la Jordanie de sorte à faire bénéficier les familles régnantes des accords de défense du CCG. C’est d’ailleurs cet aspect des choses que le CCG a mis en œuvre dans le cas du Bahreïn pour parer à la contestation.

Dès son amorce « le printemps arabe » visait les « Djouloukiyate[1] ». La Syrie, l’Égypte, la Tunisie, le Yémen et la Libye sont tombés. Les islamistes y sont au pouvoir, seuls ou en alliance avec des partis alibis. En Algérie, bien que la rue n’ait pas emboité le pas au mouvement « dégage », le pouvoir isolé au sein de la ligue arabe vit l’éventualité d’un soulèvement populaire comme une épée de Damoclès suspendue au-dessus de ses têtes. La manœuvre qui s’offrirait à lui serait de négocier son l’intégration dans la nouvelle configuration régionale par le truchement d’un accord profitable au mouvement islamiste jusque-là intégré comme une composante mineure ou minorée au sein du régime. Une telle alliance disqualifierait la rue, le bloc sécuritaire ne ferait que pousser un peu plus loin les accords DRS-AIS en acceptant une islamisation du régime. L’Algérie se trouverait alors dans le cas de la Tunisie, de l’Égypte, et probablement de la Syrie de l’après-Assad : une situation de partage du pouvoir entre les islamistes et les militaires.

Des indices crédibilisent une telle hypothèse. Après « l’éclatement » de l’alliance présidentielle, seul le MSP garde un dynamisme politique, le FLN et le RND sont miraculeusement « neutralisés ». L’UGTA de son côté, toute honte bue, fait place à un syndicat islamiste : la fédération des imams. Le ministère de la religion se consacre à la constitution du clergé officiel. Il institue des hiérarchies et règlemente le moindre aspect de la sphère religieuse. Les islamistes, de leur côté, instruits par le CCG, s’unissent et tentent d’entrainer des supplétifs parmi les démocrates…

L’hypothèse de rupture.

Bien que plus improbable que les deux autres, elle n’est pourtant pas totalement exclue. Bouteflika, c’est ce que confirme l’ancien président du Conseil constitutionnel, Said Bouchair, a bâti son règne sur l’isolement de l’institution militaire, sur « sa neutralisation ». Paradoxalement, en agissant ainsi, il a préservé cette institution du discrédit qui frappe le régime. Son statut de victime des trois mandats successifs l’élit, à la différence du DRS, à une place de choix au sein d’un front patriotique de rupture démocratique, républicaine et sociale. Le tout est qu’au sein des démocrates et des républicains s’enclenche une dynamique d’union sur l’essentiel : la préservation de l’État national.

Si cette hypothèse peut rapidement cristalliser un large front intérieur, il reste qu’elle devra faire face à une très forte hostilité extérieure. Dans le même temps l’Algérie en se posant comme un pôle opposé au CCG et à son projet réactionnaire de création d’une théocratie internationale par la création du VI califat, donnera un élan particulier aux mouvements démocratiques qui ont été fourvoyés dans le « printemps arabe ». Elle s’affirmera comme un soutien aux formidables potentiels de la place Tahrir, des comités locaux syriens, des mouvements populaires qui se battent contre les monarchies réactionnaires, des démocrates tunisiens, des forces nationales libyennes… Il fut un temps, pas si lointain, où l’Algérie assumait un rôle d’épicentre des mouvements de libération…

C’est la finalité qui compte

On le voit, transition ou élection l’important restera l’objectif réalisé : consolidation ou compromission de l’État national algérien.

Les élections présidentielles à venir peuvent s’avérer la voie royale pour l’intégration de l’Algérie au « printemps arabe », une probable transition aussi tant les rapports de forces sont détériorés. Pourtant il faut garder espoir, et surtout refuser toute abdication. Il faut préparer la résistance pour la sauvegarde de la république démocratique et sociale.

Mohand Bakir

[1] De Djoumhouriya (Djoum ) et de Mamlaka – Mouloukiya (loukiya), terme utilisé par le romancier et universitaire Waciny Laredj.

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