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Publié par mohand

L’année 2011 a été marquée par les mouvements populaires du « printemps arabe ».Elle n’aura pas été une année douloureuse pour le système Algérien. Il a réussi à la mettre à profit pour renforcer ses positions face à une société affaibli. Une société désorientée par l’ostentation des  capacités répressives du pouvoir; et encore marquée par le souvenir, vivace et douloureux, de la dévastation islamiste.


L’année 2012, s’annonce avec des échéances dont la signification et l’importance restent incertaines. Des législatives pour le mois de mai, et une révision constitutionnelle dont on ne sait rien encore.

 

Les promesses de changements, se veulent résolues. Y compris dans ce qui est devenu, plus qu’une habitude, une seconde nature : la fraude. En mai, elle restera au vestiaire, nous dit-on. Les juges seront mobilisés pour garantir la sincérité du scrutin. Ils seront renforcés par des observateurs internationaux. En un mot, comme cela a été dit à une époque,  « des élections propres et honnêtes ». Les quelques déplacements de Mr Medelci, dans les capitales européennes, voudraient  « crédibiliser » l’échéancier de « réforme » conçu « en Algérie par des Algériens pour l’Algérie et pour les Algériens »  ; mais, par quels algériens et pour quels algériens?

 

Les jours d’émeutes de janvier 2011 auront accéléré la lente mutation souterraine du système. Depuis l’arrêt du processus électoral, l’ANP occupait la position de barycentre. La levée de l’état de siège, en février 2011, formalise le déplacement de ce point d’équilibre vers un nouveau noyau dur de la bureaucratie : un complexe policier agrégé autour du DRS. Bouteflika, depuis son arrivé au pouvoir, a patiement et résolument travaillé à se soumettre l’institution militaire. Tous ses discours sur la  modernisation de l’institution ne visaient qu’à neutraliser son potentiel patriotique. Il réussit son coup en ayant, de surcroit, le beau rôle de faire passer son « succès » en une réponse à une revendication populaire. Alors que, cette mesure n’est une avancée que pour la bureaucratie affairiste qui voit son emprise sur l’Etat se renforcer et se consolider.

 

La décision et l’initiative politique paraissent, désormais, concentrées entre les mains d’un groupe informel, qui apparait comme le nouveau centre de décision. Totalement étranger aux mécanismes et centres de pouvoir prévus par la constitution, ce comité trône au-dessus des institutions et s’arroge le droit de formater l’Etat algérien. Un groupe qui prend les allures d’un néo-Conseil de la Révolution, Mais, cette fois, sans aucun contrepoids au conservatisme qui l’habite. Ce qui en fait plus un conseil de la Contre-Révolution que de la Révolution. Le comité des six -nous l’appellerons ainsi, comme  d’ailleurs le désigne la presse- s’il apparait comme l’initiateur et l’animateur des réformes, n’en échappe pas moins, par son côté informel, à tout contrôle et toutes obligations de rendre des comptes.

 

Que sont ces réformes des six, et que peuvent-elles viser ?  Les différentes lois enregistrées récemment, par les deux chambres du parlement, au-delà des aspects de détail,  trahissent une logique de renforcement de l’hégémonisme bureaucratique qui n’augure rien de bon pour les années à venir. Elles se posent en un substitut, autoritaire,  à une nécessaire période de transition qui permettrait une mise en phase de la classe politique et des institutions avec les avancées de la société réelle. L’Algérie, profondément marquée par les épreuves de ces deux dernières décennies, ne se reconnaît pas dans ce système anachronique qui ne tient que par ses capacités de corruption et de répression.  Ce système, préfabriqué par Chadli-Hamrouche au lendemain d’Octobre 1988, et vitrifié au lendemain du coup d’Etat du 29 Juin 1992, s’impose aux Algériens, par la force, la confiscation de la démocratie et la connivence avec l’islamisme.

 

Les mesures annoncées prétendent, bien sûre,  à l’ « ouverture » et à l’ « apprentissage » de la démocratie. Mais, en vérité, elles ne sont que des leurres dangereux pensés pour tromper la société. Un ensemble de manœuvres dont la fonction est de masquer la logique profonde des changements en cours. Le pouvoir ne se  gêne pas pour dire toute l’illégitimité des  assemblées, et la non-représentativité des partis , tout en  présentant l’agrément de nouvelles formations comme une mesure phare de son processus de réformes. Ces agréments coupent court à toute velléité de recomposition de la classe politique, et reconduisent la logique réconciliatrice d’instrumentalisation du religieux. In fine, seule la bureaucratie en place sortira renforcée dans un rôle d’arbitrage et recours entre les deux « pôles » antagonistes de la société : les islamistes d’un côté les démocrates de l’autre. La perspective même d’un renoncement à la fraude parait être conçue dans cette logique de découplage entre l’administration et les représentations politiques, avec priorisation de la première sur les secondes.

 

La fonction première de la fraude a toujours été, en Algérie, de masquer l’étroitesse de la base sociale du système. Son acceptation rendait les partis éligibles à la cooptation dans le cadre de la répartition des quotas. Casser cette mécanique sans sortir de l’actuelle classe politique ne peut avoir de sens sans supposer une distanciation entre l’administration et les partis. C’est cette condition qui fera que la faiblesse du taux de participation rejaillira négativement sur les partis, et placera la bureaucratie, resserrée autour de son noyau policier, dans une position de force.

 

La bureaucratie-affairiste semble avoir repensé sa main mise sur l’Etat. Cette hypothèse éclaire particulièrement les révisions apportées aux lois sur les partis, les associations et la presse. Des élections décrédibilisées par le taux de participation, dont les résultats, mettraient aux prises un aéropage de petits partis incapables de gouverner ou de s’entendre,  seraient une aubaine pour la bureaucratie-rentière. Elle pourra administrer le pays, en revendiquant le crédit d’une « stabilisation » qu’elle serait la seule à pouvoir assoir. Et, même si elle se trouvait contrainte à la révision de la constitutionnelle, il lui sera possible de l’opérer avec la même  orientation autoritaire qu’elle a inscrit dans les lois enregistrées récemment. Machiavel, a fait des émules ; et le piège semble bel et bien renfermé pour un bon moment.

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