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Publié par mohand

 

«Il est hors de question que l’ex-FIS revienne sur la scène politique nationale», avait réitéré le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, lors du dernier Conseil des ministres qui a duré deux jours.

Il s’agit du point culminant d’un débat public et l’objet de tractations en catimini dans les sphères décisionnelles du pouvoir. Selon un membre du gouvernement, le président Bouteflika s’est positionné en modérateur lors du Conseil des ministres. «C’est la première fois que le Président a laissé les membres de son gouvernement s’exprimer en toute liberté, un visage nouveau, en modérateur des débats, il a demandé l’avis de tous les présents sur la question du retour de l’ex-FIS», confie, à El Watan Week-end, un ministre du gouvernement Ouyahia. Le Président aurait-il piégé ses ministres ? En tout cas c’est ce qui dégage des impressions de notre ministre. Surprise, c’est un nouveau Khoudri, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, loquace et impertinent, qui, à renfort de forts arguments, défend la cause des ex-FISsistes au nom des libertés démocratiques, appuyé par le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem.

 

«Le débat a été houleux et la confrontation a duré plus de quatre heures. Khoudri  et Belkhadem  se sont opposés au couple Zerhouni-Khalida Messaoudi», confie le ministre qui a requis l’anonymat. Les interventions passionnées de Khalida Toumi étaient les plus pertinentes, rappelant au chef de l’Etat la responsabilité de l’ex-FIS dans la «tragédie nationale». Par contre, les ministres MSP avaient observé un silence et se sont cantonnés dans une position neutre. Pour l’opinion publique nationale, Belkhadem a été le premier à avoir lancé le débat concernant le retour de l’ex-FIS sur la scène politique nationale en recevant, à plusieurs reprises, des ex-chefs terroristes ayant bénéficié des dispositions de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Mais, selon certaines informations, Ouyahia aurait devancé Belkhadem sur ce terrain.

 

«En mai 2006, lors d’une rencontre à Tamanrasset, Ouyahia avait négocié la reddition des groupes terroristes et continue d’entretenir des relations avec des terroristes repentis. Ouyahia a été l’un des initiateurs de la concorde nationale», selon une source militaire. En mission pour l’armée ou à titre politique, on n’en saura rien. Ce qui explique la position mi-figue, mi-raisin d’Ahmed Ouyahia lors du Conseil des ministres, lorsque le Président a sollicité son avis pour trancher la question : «Je suis éradicateur, mais comment voulez-vous que je me comporte avec les 6000 repentis ?» Daho Ould Kablia, sur les pas de Belkhadem, aurait également promis à des ex-leaders islamistes l’éventualité d’un agrément de l’ex-FIS sous une autre appellation, une information révélée par El Watan Week-end et qui n’a pas été démentie par le ministère de l’Intérieur.

 

«Le ministère de l’Intérieur a commis une bévue en promettant effectivement à quelques émissaires l’agrément d’un parti islamiste et la reprise de la politique. Or, dans les circonstances actuelles, il est impossible d’admettre une telle démarche», explique une source. Le président Bouteflika serait venu avec une feuille de route préétablie. «Lors des deux dernières réunions du Haut-Conseil de sécurité, la question a été tranchée définitivement avec les chefs militaires», confie un haut gradé de l’armée. Seulement voilà, selon nos sources, «ce n’est qu’une façon de laisser la question en suspens en faisant croire qu’il existe des voix dissonantes au sein même du pouvoir».

 

En d’autres termes, la question du retour des islamistes reste d’actualité. Le terrain étant fertile, pour ne pas dire déjà semé, les dernières attaques contre les débits de boissons et les discothèques et le discours tenu par une certaine presse proche du sérail le démontrent. Nos interlocuteurs sont formels : «Les islamistes reprendront l’activité politique. Pour ce faire, une panoplie de partis islamistes sera créée en vue des prochaines législatives, un test pour les décideurs pour sonder le poids de l’électorat  islamiste.  C’est pour cela que Bouteflika décidera de la nature du  système à venir lors de la prochaine mouture de la Constitution.» Saïd Bouteflika, conseiller du Président, aurait, de son côté, rallié des islamistes à la cause prônée par son frère. «Saïd Bouteflika redouble depuis quelques mois d’activité en s’appuyant sur le réseau de l’importation et du commerce, où des islamistes repentis ont une mainmise sur certains segments. Saïd est un allié et un interlocuteur privilégié pour mener ce genre de tractations», nous renseigne un proche de la présidence de la République.  

Une nouvelle carte politique ?

Des ex-FISsistes avaient annoncé leur intention de lancer des partis politiques, à leur tête Anouar Haddam qui avait, dans un communiqué diffusé il y a deux semaines, parlé de créer un parti. La semaine dernière, Abdallah Djaballah, confiant après sa réception au bureau de Ould Kablia, annonce à son tour la création d’un nouveau parti.

 

Abdelmadjid Menasra, dissident du MSP, soutenu par des cercles du pouvoir «dans le but de réduire l’influence du MSP qui n’est plus en odeur de sainteté» du côté du «palais» sera appelé à jouer un rôle prépondérant dans la stratégie politique décidée. Le pouvoir serait en train de coopter de nouveaux alliés dans les milieux islamistes pour une énième recomposition de  l’échiquier  politique.

 

Une nouvelle configuration dictée par la situation actuelle et exigée par le contexte géopolitique panarabe et pour asseoir un contrôle sur le pôle islamiste. L’enjeu est de taille, puisque la future Assemblée nationale incarnera cette nouvelle carte dessinée par le pouvoir, signe d’une alliance de circonstance et présage du retour en force des islamistes. Et remplacer ainsi l’ancienne classe politique islamiste usée et décréditée par une décennie d’alliances contre nature.

Zouheir Aït Mouhoub
 

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