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Publié par mohand

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À mesure que les Algériens interrogent leur histoire et particulièrement celle qui traite de la Guerre de libération nationale, surgissent des questionnements autour de tel ou tel autre fait ou événement. Il en est ainsi de la création de l’Etat-Major de l’ALN.

A parler vrai, très peu de choses ont été écrites sur ce sujet, depuis le recouvrement de l’indépendance nationale dont nous nous apprêtons à célébrer le cinquantième anniversaire.

Ce n’est pas tant la pertinence de sa création qui suscite des interrogations mais l’opportunité de sa fondation. Pourtant, des frémissements, certes encore timides et imprécis, annonçaient l’entrée de la guerre qui nous avait été imposée par la France colonialiste, dans une phase politico diplomatique avec la proposition floue, d’un référendum d’autodétermination.

Proposition non dénuée de fourberie, d’un De Gaulle Roublard, qui croyait avoir à faire à un adversaire naïf. Il cherchait désespérément une troisième force pour minorer le FLN.

Nous sommes en janvier 1960, une des plus violentes guerres du 20éme siècle entrait dans sa sixième année. L’ALN, fondée en 1954 se donnait, sous l’autorité du GPRA et pour la première fois d’une direction unifiée.

Pourquoi avoir attendu autant de temps pour doter l’armée de libération d’un dispositif de guerre commun à toutes les armées quelque les soit leur importance numérique ?

En 1954 les animateurs du CRUA devenu Front de Libération Nationale, se lançaient dans le plus formidable défi de notre histoire moderne. Ils étaient contraints par l’urgence qui leur était imposée de passer à l’action par plusieurs facteurs internes et externes qu’il serait trop long d’énumérer mais dont les principaux sont :

Premièrement : il s’agissait de réunir les rangs du mouvement national sérieusement ébranlés et mis devant un péril mortel par la crise profonde qui a atteint le PPA-MTLD et qui opposait son leader historique Messali Hadj au Comité central.

Deuxièmement : l’Armée Française, après la débâcle de juin 1940 face aux armée nazies, venait d’essuyer une fois de plus, une des plus importantes défaites de son histoire militaire face au vaillant peuple Vietnamien à Dien Bien Phu.

Troisièmement : je ne sais plus qui disait « les peuples du monde entier avaient appris à conjuguer le verbe « se libérer ».

C’est la détermination des hommes qui écrit l’histoire et qui en force le cours. Les novembristes animés par leur seule volonté avaient entrepris de décrocher la lune avec une perche et une échelle.

C’est le fusil de chasse, mes frères, qui a eu raison des chars et des B26. Le fusil de chasse entre les mains de Si Ladhdar armé de sa foi affrontait la France et l’OTAN. C’était ça l’Armée de Libération .un djoundi plus un fusil, plus un Djoundi plus un fusil, plus un Djoundi le tout imprégné de l’insolente espérance de la jeunesse.

Au départ, le pays avait été configuré en cinq zones. Chaque zone était animée par un colonel. Ce sont les animateurs du FLN politique qui se sont métamorphosés en commandants militaires.

Des militants en armes. C’est là la doctrine militaire algérienne depuis Massinissa, Jugurtha ou l’Emir Abdelkader. Le peuple en arme, dès que l’histoire et les événements en imposent la nécessité.

Ce n’est pas un colonisateur qui a chassé l’autre, ainsi que le prétendent les historiens, français particulièrement, et d’entre eux Charles André Julien considéré comme « le contremaître » de notre histoire ancienne et moderne.

C’est le peuple réel qui, de tout temps, s’est armé pour s’opposer et pour combattre l’envahisseur y compris face à Sidi Okba, ce grand héros national.

La guerre de décolonisation s’était donc engagée dans 5 zones géographiques dont les populations étaient inégalement préparées politiquement. Il aura donc fallu non leur expliquer la nécessité de se libérer. La liberté est un instinct. Mais, les arracher à la peur du colonisateur, les organiser, les encadrer, inscrire leur action dans le processus insurrectionnel général, mis en œuvre. Les « contaminer » du même espoir que celui qui nous animait.

Ce travail de formation politico-militaire et d’organisation des Déchras était indispensable et allait déterminer l’action militaire.

Chaque zone a agi en fonction de la réalité du terrain .mais indépendamment les unes des autres. Le réseau des agents de liaison n’étant encore que balbutiant, les transmissions inexistantes, ajoutés à l’absence d’une coordination militaire et politique du reste, ont profondément été ressenties.

C’est par les médias français, surtout la radio, le transistor à batterie venait de faire son apparition, que nous savions qu’il se passait des choses sur tout le territoire. C’était de la propagande il est vrai. Mais quand la radio annonçait « l’élimination de hors la loi dans tel ou telle autre région » cela signifiait pour nous que les frères activaient dans la région en question.

Le Congrès de la Soummam va structurer le Front et l’Armée de Libération. Il va créer le Conseil National de la Révolution Algérienne autrement dit le CNRA et surtout le CCE qui sera chargé de la coordination politico-militaire. Mais pas d’Etat-Major chargé des questions de stratégie et de tactique militaires.

Krim Belkacem encore colonel de la zone devenue depuis wilaya III, en aura pourtant fait la suggestion. Elle aura été écartée. Certain dit-on y ont vu une démarche d’autopromotion de la part du chef de la trois.

D’autres estiment que les animateurs qu’étaient Abane Ramdane et ben M’Hidi, ayant opté pour la « primauté du politique sur le militaire », il ne fallait pas créer une structure qui risquerait de s’opposer eu CCE et d’amener ainsi la « fitna » dans le front qui avait été constitué patiemment.

Sur le terrain, la guerre s’est durcie. le général De Gaulle de retour au pouvoir, le 1er juin 1958, sous la pression du gros colonat d’Algérie, à la faveur du putsch « militaro-parlementaire » du 13 mai, ouvre largement le portefeuille, car il voulait une victoire totale. Son armée était embourbée dans les Djebels il craignait un nouveau désastre.

Il lance le terrible plan Challe avec l’aide massive de L‘OTAN. Les camps de concentration qui emprisonnaient près de 2 millions et demi de nos concitoyens avaient vidé les villages et Déchras détruits au nombre de 8000, nous privant du soutien, o combien non seulement précieux mais indispensable, des populations qui assuraient avec un courage exemplaire, particulièrement nos sœurs, la partie logistique.

Beaucoup parmi vous ont encore dans la bouche le gout inégalable d’un morceau de galette chaude et d’un café sucré brulant....quand il y en avait...

Avec le plan Challe et ses opérations meurtrières, la pression est devenue d’une intensité accablante.

Entre le 06 et le 12 décembre 1958, pas loin de Taher, à Oued Asker, en wilaya II, à la demande du colonel de la wilaya III, Amirouche, les responsables des wilayas I, Hadj Lakhdar ; IV SI M’Hamed, VI, Si EL Haoues se sont réunis.

Etaient absentes les wilayas II, Ali Kafi et V , Lotfi ...

A propos de cette absence de la wilaya II alors que la réunion se déroulait dans sa zone de commandement, mon ami et frère Si Salah Saout El Arabe estimait : je le cite :

« Le colonel Amirouche proposait cette réunion pour essayer de dégager une position commune et dépêcher une délégation à Tunis, pour présenter nos doléances. Or pour notre part ; nous nous en tenions aux décisions du Congrès de la Soummam, lesquelles, stipulaient qu’il fallait l’accord préalable de la direction politique, autrement dit, du GPRA pour qu’une telle conférence puisse avoir lieu. Nous nous limitions à cette disposition, combien même elle fut contestable...le colonel Amirouche a maintenu son intention de tenir la réunion sur le territoire de la wilaya II. Nous en avons assuré l’intendance et la sécurité et nous avons désigné Lamine Khene pour y assister à titre d’observateur sans qu’il ne prenne part aux travaux.

J’insiste pour dire que nous n’avions rien contre le principe lui-même.... »

Fin de citation.

De leurs coté, Amirouche et les participants à la rencontre, affilaient qu’ils espéraient redonner de l’avenir aux maquis qui s’essoufflaient, en raison du sous-équipement, et en proie pour certains d’entre eux aux purges mais ceci est une histoire...

Ce qui devait être les états généraux, presque un second congrès de la Soummam, est devenu un conseil d’officiers en colère contre ce qu’ils appelaient : les silences de « l’extérieur ».

Le colonel Amirouche, chef de la Wilaya III souhaitait une rencontre de tous les responsables militaires, pour faire le point sur la grave conjoncture qui affectait le déroulement de la lutte armée. Cette réunion qui devait permettre de dégager une position stratégique militaire commune.

A l’issue de la rencontre, une délégation devait être constituée afin de se rendre à Tunis pour aller donner de la voix auprès de la direction politique et porter les revendications des combattants de l’intérieur.

L’ALN étouffe. A l’est comme à l’ouest, l’ennemi a assuré l’herméticité des barrages électrifiés en renforçant et en sophistiquant davantage les systèmes des lignes Morrice. Toute L’Algérie du nord est comme prise dans les mâchoires d’un étau impitoyable.

Jusque-là, d’une façon générale, l’essentiel de la logistique et de l’armement en particulier était assuré, d’une part, par la population en ce qui concerne la nourriture et, je tiens à le préciser, ce ravitaillement par le peuple était le plus souvent payé sur les fonds de fonctionnement de l’ALN, et d’autre part, les actions militaires pour les armes, les munitions et autres équipements ou accessoires nécessaires au combat (vêtements, chaussures etc...)

L’apport, attendu des frontières promettait d’être important mais dans les faits, il a toujours été subsidiaire par rapport à ce que les combattants récupéraient sur « trig el goudroun ».

De temps à autre, des colonnes de djounoud se rendaient vers l’est ou l’ouest pour s’approvisionner. Mais le prix à payer en vies humaines est allé grossissant à mesure que se fortifiaient les barrages mortels dont les travaux avaient commencé en 1956 et qui se sont achevés une année après environ.

Il faut dire que la réalisation de ces lignes de la mort a été effectuée avec une relative facilité, par l’armée coloniale qui a d’ailleurs utilisé une main d’œuvre locale. Le harcèlement des équipes de construction en aurait, sinon empêché la réalisation mais à tout le moins, ralentit la progression.

Un Etat-Major aurait peut-être développé une contre stratégie ? Peut-être qu’il aurait concentré les efforts conjugués de toutes les wilayas pour gêner l’ennemi ?

Quoiqu’il en soit, une fois installé et appareillé, ce dispositif foudroyant fauchait, par centaines, nos djounoud qui tentaient de le traverser. 80 à 90 pour cents des hommes y laissaient leur vie. L’habileté et l’expérience des passeurs ne diminuaient en rien le nombre de victimes. De plus, ces caravanes malgré leur courage, ne pouvaient pas transporter des armes en quantité.

La question de l’armement n’a jamais cessé d’empoisonner les relations entre l’intérieur et l’extérieur et ce depuis pratiquement le début de la guerre de libération. Il suffit de lire l’ouvrage de Mabrouk Belhocine, Le courrier Alger-Le Caire, pour se rendre compte de sa permanence.

Il faut en outre relever un certain sentiment de frustration après la création du GPRA et la nomination des secrétaires d’Etat au nombre de 3. Pourquoi seulement 3 et pourquoi ces trois noms là et pas d’autres ! s’interrogeait-on dans les conseils de wilaya.

A la wilaya de cette réunion de Oued Asker, les colonels Amirouche et Si El Houés ont été désignés pour porter auprès du GPRA ses conclusions amères et plaider la cause des maquis.

Mais le destin en a voulu autrement et les deux officiers supérieurs trouveront la mort comme vous le savez, sur leur chemin, à djebel Thamer ; le 29 mars 1959, les armes à la main, face aux 2.500 soldats du colonel Ducasse.

A Tunis aussi, en ce printemps 1958, les choses se compliquaient. Revenant un peu en arrière.

En aout 1957, avec les décisions de la réunion du Caire, « l’intérieur et l’extérieur » ont été alignés, de même que « le politique et le militaire ». On a révisé les compositions du CCE : 14 membres au lieu de 5 ; et du CNRA : 54 membres au lieu de 17.

On a conservé le double rôle politique et militaire, des instances, sans créer un Etat-Major général qui activerait à l’intérieur.

En septembre 1958, le GPRA s’est substitué au CCE et Ferhat Abbas, figure emblématique du libéralisme dans le mouvement national avait réuni le consensus pout être porté à la tête de la nouvelle institution.

Le GPRA, va vite devenir une instance sinon de l’exercice d’une souveraineté populaire sur un territoire, mais un précieux instrument de gestion politique et administrative d’une Algérie qui se dessine dans les esprits.

Mais cinq mois après sa constitution, le GPRA est bousculé par un certain nombre de crise.

L’idée de la tenue d’un congrès de sortie de crise s’est donc imposée d’elle-même. Ce sont les « trois B » qui aideront l’idée à faire son chemin.

Krim Belkacem en charge de l’Armée va s’en faire le porte-parole en qualité et, lors d’une réunion du GPRA dont le déroulement s’est effectué de façon discontinue entre le 1er et le 11 juillet 1959, après avoir relevé, ce qu’il avait appelé : l’irrésolution et les faiblesses du GPRA , il va plaider pour je cite « une autorité ferme, solide, homogène, révolutionnaire et restreinte pour diriger le pays et la guerre » fin de citation.

Le colonel de la wilaya I, Mahmoud Chérif milite même pour que la nouvelle direction, laquelle doit nécessairement être dégagée, rentre et dirige la révolution de l’intérieur du pays !

Il faut se replacer dans le contexte de l’époque.

En septembre 1959, alors que se déroulait encore depuis plus d’un mois, la réunion des dites des 100 jours, de Gaulle faisait la proposition de recourir au référendum d’autodétermination.

La France, contrainte, reconnaissait enfin notre droit inaliénable. On se disait que la paix avait finalement des chances. Très minces encore certes, mais il ne fallait pas les rejeter d’un revers de la main.

Ben Tobal à l’intérieur, Boussouf à l’armement et liaisons générales, ont conclu qu’il ne faudrait pas que l’indépendance intervienne avec Krim Belkacem à la tête des forces armées. C’est la lecture politique de faits historiques.

Les deux premiers exercent une pression sur le troisième, pour le contraindre à réorganiser le commandement de l’armée.

A l’issue de quoi, krim belkacem est lui aussi affecté à un poste civil : il devient ministre des affaires étrangères. De l’équilibre des forces d’influences, entre ces trois leaders, naitra le Comité interministériel de guerre(CIG).

Le 11 aout 1959, 10 colonels sont en réunion au siège du MALG, rue Parmentier à Tunis.

Qui sont ces dix ?

·         Trois membres du GPRA : Belkacem Krim, Lakhdar Bentoubal, Abdelhafidh Boussouf.

·         Les colonels Si Said Mohammedi, chef de l’Etat-Major de l’Est et Houari Boumedienne, chef d’Etat-major de l’Ouest.

·         Hadj Lakhdar de la wilaya I, Ali Kafi de la wilaya II, Said Vrirouche de la wilaya III, Si Sadek de la wilaya IV, et Si Lotfi pour la wilaya V. La mort de Si el Houes a privé la wilaya VI d’un représentant.

Un document avait été élaboré par les services du ministère des armées et a été donné à débattre. Il concernait la réorganisation de l’armée.

En raison de divergences et de l’absence d’un chef ayant suffisamment de charisme pour arbitrer et rapprocher les points de vue, la réunion durera 99 jours. En raison aussi de leur égal importance, les responsables militaires se sont, pour ainsi dire, neutralisés.

Du comité interministériel de guerre le CIG, naitra pour la première fois dans sa jeune histoire un Etat-Major de l’Armée de Libération Nationale : l’EMG dont les prérogatives ont été définies ainsi je cite :

Présidence de la République

Présidence du Conseil

Circulaire gouvernementale du 31 janvier 1960 portant attributions du Chef d’Etat-Major de l’ALN.

L’Etat-Major a le haut commandement sur l’ALN et la responsabilité, de la conduite, de la coordination des opérations militaires, à l’échelle nationale.

§  Il a la responsabilité de l’approvisionnement de l’intérieur en matériel de guerre, en argent et cadres.

§  Il a, sous son autorité, pour toutes les questions militaires, les chefs de Wilaya et les commandements de frontière.

§  Il est responsable de l’instruction militaire et des cadres et des camps de repos.

§  Il nomme sur proposition des conseils de Wilaya, des officiers jusqu’au grade de Capitaine inclus.

§  Il a la responsabilité de la police militaire dans les zones qui seront déterminées ultérieurement, en accord avec le comité interministériel de guerre.

§  Il dispose d’un service de santé militaire qui exerce son activité dans les zones déterminées.

§  Il doit fournir régulièrement des rapports au Comité Interministériel de Guerre.

Signé le président de Conseil :

Ferhat Abbas.

Et le Comité Interministériel de Guerre :

Krim Belkacem

Lakhdar Ben Tobbal

Abdelhafidh Boussouf.


 (...)

 

Source  MDN

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