Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par mohand

« Suspecté » de crimes de guerre, le général Nezzar est poursuivi par la justice helvétique au titre des fonctions qu’il a eu à occuper durant la décennie 90. Situation ubuesque où des militants fascistes, ennemis jurés des droits de l’homme, actionnent une action publique dans un Etat démocratique au nom d’une doctrine à laquelle ils ne souscrivent pas et à laquelle ils ne reconnaissent aucune légitimité.

 

La réponse à la question posée pourrait paraitre évidente : Il faudrait soutenir le Général défenseur de la République face aux théocrates détracteurs de la démocratie. C’est ce que le cœur devrait commander et c’est l’argumentaire qui ressort de la pétition mise en circulation. Il y est rappelé le large front de résistance constitué autour de l’action anti-terroriste menée par l’ANP. Elle déterre pour les besoins de la cause un discours anti-intégriste depuis longtemps délaissé. Et remet à l’ordre du jour les crimes avérés et abjectes de l’islamisme. Seulement, il me semble que les choses sont loin d’avoir cette simplicité.

 

Il y a lieu, dans une conduite de raison, de revenir sur la genèse qui a mené à l’Etat actuel des choses.  Ne faut-il pas interroger nos pétitionnaires sur ce qui a empêché notre société d’engranger un quelconque acquis dans sa confrontation à l’islamisme ? Ne faut-il pas se demander comment l’islamisme algérien a pu échapper, en Algérie et dans le monde, à une condamnation et une disqualification méritées au vu des crimes de masse dont il est coupable? N’y a-t-il pas lieu de chercher à comprendre les racines de la persistance des illusions sur la nature fasciste de cette mouvance? N’aurait-il pas fallu que les auteurs de la pétition s’interrogent sur le lien existant entre « le silence » des autorités au sujet des malheurs du Général Nezzar et l’aboutissement actuel de l’arrêt du processus électoral, préfiguré par les différends rounds de dialogues et modelé par les politiques dites de « concorde » ou de « réconciliation » ?

 

L’injure faite, aujourd’hui, au Général Nezzar est-elle autre chose que l’écho assourdissant du traitement qu’il a choisi de faire au début du terrorisme du Fis : l’occultation de la gravité de l’attaque de Guemmar pour que les « élections » se tiennent ? Il semble bien que le Général a fini par faire les frais de la politique issue du coup d’Etat du 29 Juin 1992.
L’arrêt du processus électoral avait révélé la possibilité de constitution d’un large front de Résistance Républicaine. L’assassinat du président Boudiaf compromettra cette perspective, et la politique de containment du peuple, caractéristique du système, sera plus que jamais revigorée. Le président Boudiaf avait pensé une initiative tournée vers le peuple, son assassinat tournera toutes les initiatives vers une classe politique anachronique, si peu représentative que son seul leitmotiv restera celui de la réhabilitation du Fis et de l’absolution de ses organisations criminelles.

 

Des anti-intégristes, à l’image du Général Nezzar, de l’actuel premier ministre, ou de l’ancien secrétaire général de l’UGTA existent au sein du système, c’est incontestable. Mais ils n’entent leurs positions que dans les limites de la préservation du système qui les uni aux islamo-conservateurs. C’est ainsi que l’essor du CNSA sera fortement bridé ; que le contenu patriotique du rassemblement projeté par Boudiaf va dégénérer, par la grâce d’un remake tacite de l’article 120, en un rassemblement de caporalisation de la résistance à l’islamisme. Les authentiques démocrates et républicains seront les premières victimes du coup d’Etat du 29 Juin 1992. Taxés d’ « extrémistes » ils seront montrés de tous les indexes dialoguistes.

 

Ce sont tous les choix fait aux lendemains de l’arrêt du processus électoral, et surtout ceux induits et initiés par le coup d’Etat du 29 Juin 1992, qui ont préservé l’islamisme d’une condamnation de l’Histoire. Comment dès lors demander à un juge helvétique de considérer autrement ce que le système, dans son unité, a considéré comme une « tragédie » et non pas une confrontation historique ?

 

Mr Nezzar est un peu ( ?) la victime de lui-même, de ses choix d’hier, alors qu’il pensait certainement que l’élagage à gauche ne pourrait pas s’étendre au point de l’atteindre. Tel est pris celui qui croyait….

 

Pour ma part je garde ma signature pour des pétitions nettement plus tranchées, qui pourraient se faire contre les lois scélérates dites de « concorde » ou de « pardon », ou pour l’instauration d’un tribunal pour crime contre l’humanité devant lequel pourraient être traduit Abassi, Benhadj et leurs complices. Les pétitionnaires d’aujourd’hui et le Général Nezzar seraient-ils de ces pétitions ?

Commenter cet article

Braik Redouane 21/01/2012 14:14


Bonjour,


Vous avez cru utile de poster le lien de cet article en réponse au post intitulé "Mohand Bakir à la rescousse du soldat H.Remaoun et du Général Khaled Nezzar".


Vous semblez gêné par le dilemme posé par la pétition de soutien à Nezzar lancée par un groupe de personnalités algériennes.Malheureusement la gêne que vous exprimez n'est pas de nature
morale(Des intellectuels,universitaires et juristes "démocrates" ont-ils le droit de soutenir un général qui n'a pas hésité à donner l'ordre de tirer sur des manifestants désarmé à au moins trois
occasions:1988,1991 et 1992 faisant des centaines de morts?),mais par simple souci "d'efficacité" de l'action politique dont vous vous revendiquez.Pour vous,il ne s'agit pas tant de savoir si
Khaled Nezzar est l'auteur des crimes dont il est accusé dans la plainte déposée contre lui à Genève(avoir ordonné et couvert des actes de torture),mais de savoir si en fin de compte,K.Nezzar
n'est pas simplement victime des "mauvais" choix politiques(de votre point de vue) qu'il a fait après le 11 janvier 1992,mais surtout après le 29 juin 1992(date de l'assassinat de Mohamed
Boudiaf).il s'agirait donc,selon vous d'une simples erreur de stratégie.D'où votre refus de signer ladite pétition.


Poursuivant votre logique,vous faites remonter le début de la "déviation" de Nezzar à decembre 1991,lorsqu'il "a occulté la gravité de l'attaque de Guemar pour que les élections se
tiennent".Donc,selon votre logique,la tenue de ces élections auraient dû être annulées dès l'annonce de cette attaque.Dans ce cas,si à chaque fois qu'une attaque de caserne à lieu dans
le monde,il faudra annuler les élections dans le pays où a eu lieu l'attaque,j'ai bien peur qu'il n'y ait plus beaucoup d'élections sur cette planète.Et si cette attaque n'avait eu pas lieu,cela
aurait-il changé quoi que ce soit au résultat des élections?


Mais cette "déviation" amorcée dès décembre 1991 aurait pu être corrigée si n'avait pas eu lieu ce que vous appelez "le coup d'Etat du 29 juin 1992".L'assssinat de Boudiaf peut certes être
considéré comme un coup d'Etat,tout comme la prise du pouvoir par l'armée des frontières en 1962,la destitution de Ben Bella en 1965,et le coup de force du 11 janvier 1992,même si vous vous
acharnez à l'appeler pudiquement "arrêt du processus électoral(Boumedienne aussi avait appelé  "redressement révolutionnaire" ce qui n'était qu'un vulgaire putsch),mais là où je ne suis pas
du tout d'accord avec vous,c'est lorsque vous accordez une importance excessive à cet événement(assassinat de Boudiaf),alors qu'un  examen sommaire de la suite des événements entre janvier
et juin 1992 permet de conclure très facilement que le 11 janvier 1992 porte en lui les germes de l'assassinat de Si Tayeb et qu'en acceptant de fouler le sol natal le 17 janvier
1992,Boudiaf a lui-même scellé son sort.


Vous écrivez dans le colonne du Soir d'Algérie du jeudi  19 octobre("Boudiaf et l'impossible compromis"):"Le 11 janvier était un nécessaire et impérieux barrage à l'islamisme.Boudiaf
l'assumait.Mais en patriote clairvoyant,il tenait,aussi,à en consolider et à en radicaliser,le potentiel de rupture avec le système bureaucratique et mafieux(...)Le Génie de Boudiaf est d'avoir
placé cela au centre de son action".N'exagérons pas.Boudiaf était-il un grand patriote?très certainement.Son parcours politique parle à sa placeUn homme propre?Personne ne peut le nier.Etait-il
un génie de la politique?Certainement pas.La décision de son retour en Algérie pour présider aux destinées du pays n'est pas à chercher dans une sorte d'intuition géniale qu'il aurait eu comme
vous vous evertuez à la présenter,mais plus prosaiquement dans les pressions multiformes exercées par ceux qu'ils croyaient être ses amis(comme Ali Haroun).On lui a présenté l'image d'un pays à
la dérive et menacé de dislocation,et lui le vieux militant nationaliste qui non seulement refusait une semaine plus tôt de rentrer au pays,mais en plus,insistait pour qu'on respecte le résultat
des élection quel qu'il soit(il a même envoyé un télegramme de félicitations à Hachani),a fini par céder devant ce qu'il croyait être l'appel de la patrie.Il n'y avait là ni génie exceptionnel ni
capacité hors pair à bien décrypter une situation politique donnée.Un homme pareil,hors système,qui ne connaissait pas ses "codes" et ses lois,ne pouvait faire de vieux os à son poste,en plus
d'avoir vécu trente ans loin du pays.Quand son successeur Zeroual a compris qu'il ne pouvait plus continuer à gérer le pays selon ses convictions,il a démissionné,sans faire de vague.Mais
Zeroual,un autre homme propre,est quelqu'un issu du sérail qui connaissait très bien les lois de la "maison",contrairement à Boudiaf.


 


 

M. K. 01/01/2012 15:35

En même temps, il me semble que le procureur helvétique intente beaucoup plus un procès contre l'arrêt du processus électoral en janvier 1992 en Algérie. C'est à partir de là qu'il construit l'acte
d'accusation contre le Gl Nezzar. D'après les comptes-rendus de la presse de l'audience, le Gl Nezzar, n'a pas dénié au procureur suisse le droit de l'interroger sur des décisions politiques qui
relèvent pratiquement de la souveraineté de l’Etat algérien.

Ce qui a fait barrage aux hordes de tueurs au nom de l'Islam et de talibanisation de l'Algérie, c'est un front de forces patriotiques constitué autour de l'ANP, en tant qu'institution de la
République.
Leprix payé par les Algériens a été lourd.
Si le Gl Nezzar a fait partie de ce front, il a fini , ne serait-ce que par ses silences éloquents et ses retournements spectaculaires (on se rappelle le changement d’attitude à 180° en 2004 au
sujet de la réélection de Bouteflika), par se faire le complice de la tentative, toujours en cours, de transformer la victoire "militaire" du front anti-intégriste en victoire pour l'obscurantisme
islamiste et ses soutiens déclarés ou masqués (maffia de l’informel et de l’import-import, barbéfélènes, islamistes en alpaga, bourgeoisie bureaucratique dont les intérêts seraient sérieusement
menacés dans un processus d’instauration d’un Etat de droit, etc.).
Comme vous le signalez, le Gl Nezzar n’a pas manifesté la moindre réserve au sujet des lois scélérates de pardon unilatéral aux terroristes islamistes, de l’application encore plus scélérate et
criminelle de ces lois, ainsi qu’au sujet de la réhabilitation rampante des commanditaires déclarés des tueries en Algérie (Anouar Haddam, Ali Benhadj, Abassi Madani, Rabah Kébir, Madani Mezrag,
etc.).

Pour le reste, je suis tout à fait d’accord avec vous: autant réserver sa signature pour des causes plus tranchées.