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Publié par mohand

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Il est saisissant que le gouvernement Sellal entame sa tâche par un arbitrage de la guerre la guerre cléricale larvée entre les différentes factions de l’islamisme. Le grand mérite de cette façon de faire est de nous éclairer sur l’esprit avec lequel l’exécutif va mener le grand chantier de la révision constitutionnelle. L’esprit même qui a commandé, au dernier trimestre 2011, à l’élaboration des lois sur les partis, les associations et la presse.

 

Le département de la religion, mené par Ghlamallah, a inscrit à l’ordre du jour du gouvernement l’examen d’un décret exécutif qui formalisera les dispositions dérogatoires qui vont régir les associations religieuses.

 

Le monopole du religieux.

 

Ce décret, affirme des prétentions à « lutter » contre l’instrumentalisation de la religion,  alors que c’est tout le contraire dont il s’agit. Il jette les bases d’un clergé officiel. Mauvaise réponse à un vrai problème, mais peut-on attendre une autre réponse que celle-là ? La fonction de ce décret, n’est pas comme le dit le département de Ghlamallah, de mettre un terme au prosélytisme. Elle est  d’établir le contrôle du ministère sur l’ensemble de l’appareil prosélyte et d’instrumentalisation du religieux. L’illustration de cette façon de faire est totale dans la compagne de ré-islamisation de la Kabylie, lancée depuis plusieurs années ; s’y côtoient, dans une parfaite symbiose,  fonctionnaires des Nidharas, repentis djihadistes ou prosélytes de la Dawa.

 

La démarche est dès le départ viciée. Elle entend mettre un terme à des comportements existants qui tombent sous le coup de la loi sans que, pour autant, les tribunaux de la république ne soient saisis de ces atteintes  et dépassements ! Le ministère des affaires religieuses s’arroge, donc, un pouvoir amnistiant qu’aucun texte ne lui confère. Ce n’est certainement pas sur des suppositions que le ministère assoit sa prétention à remédier à « des atteintes à l’unité nationale », à des accointances entre les partis et des structures à vocation religieuse, ou entre celles-ci et des intérêts étrangers ! Alors, pourquoi ne commence-t-il pas par donner force à la loi en saisissant les tribunaux pour les faits dont il a déjà connaissance ?

 

Commissariat à la bonne croyance.

 

Dans un second temps il faut absolument relever que ce texte va, nécessairement,  instituer un commissariat à la conformité de la foi – qui est du domaine de la liberté de conscience et de croyance  - « à la référence religieuse de la société » - dont, bien sûr la définition relèvera de la compétence du pouvoir en place -. Ce commissariat sévira à chaque fois qu’il établira le délit  «  d’adoption d’idées extrémistes et intégristes » ou « d’ingérence dans les missions des fonctionnaires des mosquées et des écoles coraniques », qui, rappelons-le, sont sous le contrôle  du Ministère des affaires religieuses.  Non seulement nous assistons à la création d’un clergé ; celle-ci s'accompagne naturellement de multiples violations de la constitution.

 

Attentatoire à la constitution.

 

Considérer qu’il existe une « référence religieuse de la société » anéantit l’égalité affirmée des citoyens dans la constitution. Une fois « fixée » cette « référence religieuse de la société » disqualifie ceux qui y dérogent. Leur droit de s’organiser tombe. Il ne leur est plus reconnu. La distinction, ainsi introduite, est purement religieuse. Les citoyens ne sont, désormais, plus égaux ! La religion les différencie ! Ghlamallah, aura des droits qu’Ali Belhadj, Soltani ou Djabellah n’auront pas.

 

L’islam politique de Gholam Ellah, comme illustré plus haut est tout aussi attentatoire aux valeurs républicaines et à la stabilité de la société, que le sont les islams politiques des autres.

 

Séparation du Politique et du religieux.

 

Le cœur du problème est dans l’immixtion du profane dans le sacré. La solution n’est pas dans l’arbitrage entre les différentes prétentions cléricales – islamistes ou islamo-nationalistes -. Cet arbitrage momentané consacre la victoire d’un courant islamiste sur les autres, mais nous maintient dans le cadre général où la religion est instrumentalisée comme un outil de contrôle de masse sur la société. La solution est dans la distinction nette entre les questions de croyances et celles de la gestion de la cité.

 

Si les algériens sont en toutes choses égaux, alors rien absolument rien ne doit les distinguer dans l’exercice de la citoyenneté. Ce qui ne peut se faire tant que la religion, la croyance, les questions de conscience, ne  sont pas définitivement reconnues comme relevant de l’espace privée. Cette reconnaissance confère une triple protection constitutionnelle : protection de la vie privé, protection de la liberté de conscience, affirmation de l’égalité des citoyens à l’exclusion de toute distinction religieuse.  C’est donc dans la séparation du politique et du religieux que se trouve la réponse à nos maux. Alors que la démarche du pouvoir ne vise qu’à assoir son propre clergé.

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