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Publié par mohand

Par : Mustapha Hammouche


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Suite au décès d’un des leurs au cours d’une course-poursuite, des contrebandiers ou proches de contrebandiers ont attaqué l’ancien siège des douanes de Tébessa, transformé en célibatorium pour douanières. Deux en un : douanières et femmes. Ce qui octroie, dans le contexte national, une dose de “légitimité” au forfait contre corps constitués.
Effet du terro

risme et de l’entêtement réconciliateur, la frontière a été abolie entre intégrisme et affairisme. Et c’est l’idéologie qui se charge de reformuler la distinction entre le licite et l’illicite en soumettant la logique de la loi (ce qui est légal ou illégal) à la logique de la morale religieuse (ce qui est “h’ram” ou “halal”).

 

Le cas de la drogue et de l’alcool peut parfaitement illustrer le primat du code de conduite émis par le prêcheur collectif et informel sur la loi produite par le législateur officiel. La chasse à l’écoulement de boissons alcoolisées, pourtant fabriquées par des entreprises citoyennes et distribuées par des commerçants en toute légalité, tient lieu de cause nationale à laquelle l’État apporte sa contribution active, mais l’on n’a jamais vu un quartier se soulever contre le “deal” de drogue qui, parfois, transforme le secteur en bourse de stupéfiants et les entrées d’immeubles en fumeries.

 

Trois millions de moutons sont en train d’être vendus hors taxe. Un pieux commerce qui, par son statut même, se prémunit de tout contrôle institutionnel.

 

Ces arrangements avec la religion ont suscité chez de jeunes chômeurs la revendication de crédits sans intérêts, sous prétexte que l’usure, “erriba”, est illicite. Ainsi, chaque fois que possible, se rejoignent les ardeurs vénales et le prétexte religieux.

 

Le ministre de la Pêche se désole que 30% des bateaux de pêche soient à l’arrêt, mais se garde d’en chercher les raisons. Elles sont pourtant évidentes : aujourd’hui, une coiffeuse est obligée de décliner un diplôme pour ouvrir un salon, mais un dirigeant politique peut prétendre au crédit pour l’acquisition d’un chalutier. Et exiger ensuite que le remboursement de la dette soit “rééchelonné”, en attendant qu’elle soit effacée. L’agriculture a montré la voie et fait, partout, œuvre de pédagogie.

 

La soumission de l’État, espérant conjurer la violence en cédant sur l’ordre légal, à la vénalité mercantile enveloppée de religieux apparats aboutit à la naissance de toute une sphère socioéconomique où l’anarchie du comportement le dispute à l’insubordination civile. L’État n’y est perçu que comme instance de légalisation de la franchise de ces activités et distribution de la rente qui assure leur profitabilité. C’est le Conseil des ministres du 3 février 2011 qui, pour l’histoire, et sous prétexte que le fournisseur n’a pas à se substituer à l’administration, a dispensé les grossistes de présenter un registre du commerce ou de régler leurs commandes par chèque, établissant un statut “légal” au commerce informel.
Dans ce contexte où la réconciliation se mesure à sa traduction économique — l’ordre public contre le désordre commercial —, des institutions comme la police, les douanes et les impôts, même si elles sont sollicitées pour des opérations de répression ciblées, apparaissent comme des empêcheurs de se réconcilier en rond. Et deviennent cibles à leur tour.

 

M. H.
musthammouche@yahoo.fr

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