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Publié par mohand

Les services de renseignement constatent que les diverses factions libyennes sont en train de mettre des armes de côté. De nombreux autres acteurs tentent de ponctionner l'arsenal, dans une zone marquée par des trafics d'armes endémiques. Les mercenaires soudanais, tchadiens ou touareg, qui ont participé à la guerre civile, ne rentrent pas chez eux les mains vides. Affairistes, tribus, intermédiaires d'Al-Qaida au Maghreb islamique : chacun se sert.

 

La question d'un plan de contrôle, voire de désarmement, est déjà sur la table. Officiellement, rien ne se fera si le CNT n'exprime pas le besoin d'une aide, et sans mandat international. Mais une planification est en cours à l'OTAN. Des discussions ont eu lieu cette semaine à l'Union européenne, qui étudie une opération de sécurité : "C'est un problème urgentissime, la priorité est le contrôle des frontières", estime Arnaud Danjean, président de la sous-commission défense du Parlement. Les pays arabes qui ont soutenu la rébellion, Qatar, Emirats arabes unis et Jordanie, font eux aussi des offres de services.

 

Le sujet était au coeur de la première visite d'un diplomate américain de haut rang à Tripoli, Jeffrey Feltman, secrétaire d'Etat adjoint chargé du Proche-Orient, mercredi 14 septembre.

 

Outre ses forces spéciales et des sociétés militaires privées en Libye, Washington a envoyé des conseillers discuter avec les pays voisins de la sécurisation de leur frontière, sujet qui fut au coeur de la conférence régionale sur le terrorisme au Sahel, les 7 et 8 septembre, à Alger. Le gouvernement américain vient aussi de solliciter des fondations privées pour un programme d'inventaire.

 

"Il doit se faire d'urgence, car les tribus tentent d'accumuler des stocks et des contrebandiers s'en saisissent", confirme Ben Truniger, directeur adjoint de la Swiss Foundation for Mine Action (FSD), qui a déjà dépollué des dépôts à Tobrouk et à Misrata. Londres a également missionné des agences pour sécuriser des sites.

 

Mouammar Kadhafi avait accumulé d'énormes quantités de matériels, russes en majorité, en partie obsolètes en raison de l'embargo imposé au pays de 1992 à 2004. Lors de l'inspection de dépôts, au printemps, Human Rights Watch a découvert tous les types d'armes possibles : roquettes Grad de 122 mm, obus au phosphore, explosifs en tout genre, munitions tout calibre, missiles tous modèles, etc.

 

Le Guide libyen, qui se méfiait de son armée, a volontairement laissé une partie de ses matériels hors d'usage - en déchenillant les chars par exemple - et a éparpillé les autres sur son immense territoire. Seule sa garde rapprochée, notamment la 32e brigade dirigée par Khamis, l'un de ses fils, disposait de matériels modernes.

 

Au cours du conflit, les kadhafistes ont donc été amenés à remettre des armes en état. Ils les ont aussi disséminées encore un peu plus : certains dépôts ont été repérés dans écoles ou des hôpitaux. Des armes ont été distribuées par le régime à la population. Et, à la faveur des offensives, des stocks ont été ouverts à tous les vents. Des objets hybrides, tout aussi ingénieux que dangereux, ont surgi, tels ces canons de Mig 23 montés sur des pick-up.

 

Les frappes de l'OTAN auraient détruit 85 % des forces opérationnelles du Guide, mais la photographie reste difficile à établir. Le Conseil national de transition (CNT) est dans l'incapacité de fournir un état des lieux de ce que la rébellion a pu récupérer.

La dissémination des MANPADS (Man Portable Air Defense System), missiles portatifs sol-air, équivalents des Stinger américains, est le premier sujet d'inquiétude. Le commandement américain pour l'Afrique (Africom) estime leur nombre à 20 000.

Le stock serait moindre selon des sources françaises. Il est constitué en majorité de SA7 russes, matériel de la fin des années 1960 : ce sont les importants stocks de piles nécessaires à leur fonctionnement qui font l'objet de toutes les attentions. Ils permettraient à des groupes terroristes une utilisation plus soutenue de ce type d'armes. La 32e brigade devait disposer par ailleurs d'environ 200 missiles SA24, de génération récente. Ils n'ont pas encore été retrouvés par le CNT ou la coalition.

 

L'autre inquiétude porte sur la circulation d'armes antichar modernes aux charges thermobariques, missiles AT14 ou roquettes TBG7 : redoutables, elles peuvent souffler des bunkers en profondeur et causer des blessures atroces par brûlures aux populations.

 

Même la traçabilité des missiles antichar MILAN vendus par la France n'est pas parfaite : 800 exemplaires avaient été livrés au régime juste avant le début des hostilités, sans que la formation nécessaire pour utiliser les postes de tir ait pu être délivrée. D'autres ont été fournis cet été aux rebelles par le Qatar.

 

L'incertitude est moindre quant aux SCUD, objets d'un programme de démontage dans le cadre du plan d'éradication des armes de destruction massive négocié en 2003 par les Etats-Unis. Le colonel Kadhafi en avait acquis 400. A Tripoli, Syrte et Benghazi, les missiles ont été entreposés dans de mauvaises conditions et, selon certaines sources, seule une vingtaine serait en état de marche. L'OTAN a annoncé, le 9 septembre, en avoir détruit deux près de Bani Walid.

 

Les loyalistes n'ont tiré que deux SCUD, à Brega et à Misrata, dans la dernière quinzaine d'août. Des armes qui ont pu être remises en état très récemment : ces deux tirs ont été complètement ratés, tombant à très grande distance des villes ciblées, alors que leur imprécision habituelle est de quelques centaines de mètres.

 

Les moyens du colonel Kadhafi n'ont pas été renforcés de manière significative pendant le conflit. Les Occidentaux redoutaient l'arrivage de missiles modernes chinois, SA16 et SA 18. Evoquée en juillet, une livraison de MANPADS QW18 a été démentie. Mais l'arsenal libyen était déjà bien pourvu en poudre et cartouches et l'armement des rebelles a achevé de transformer le pays en grand bazar militaire.

 

C'est une préoccupation majeure de la coalition internationale en Libye : de phénoménales quantités d'armes conventionnelles circulent dans le pays depuis l'ouverture des dépôts du régime et les livraisons faites aux rebelles. Les milieux de défense occidentaux craignent une dissémination qui déstabiliserait toute la région, et appellent à un recensement immédiat. Le temps est compté. Des officiels américains ont affirmé début septembre qu'un petit nombre de missiles sol-air SA7 étaient arrivés au Mali. Nathalie Guibert

LeMonde.fr

 

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