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Publié par mohand

 

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Comme aux pires moments du terrorisme des années 1990, ce qui est posé aujourd’hui c’est le rapport du pouvoir politique au terrorisme des djihadistes, dont l’Algérie reste toujours une des terres de prédilection. Si les «janvieristes» et le Haut-Conseil d’Etat avaient pris la lourde et historique responsabilité, il y a un peu plus de vingt ans, de stopper l’arrivée par les urnes des intégristes et de les combattre frontalement, le président Bouteflika, lui, a engagé, dès son intronisation au pouvoir, une stratégie de compromis qui, à force d’osciller entre une certaine fermeté et des concessions politiques, a fini par créer de la démobilisation, favoriser la dispersion des moyens et surtout priver le pays d’un consensus global, voire d’un front de résistance sans faille, à l’image de celui qui existait durant la décennie noire.


La loi sur la réconciliation nationale a été le point d’orgue de cette stratégie que Bouteflika a traduite, au plan international, par d’incessants louvoiements diplomatiques dont les plus flagrants ont été la méfiance envers les printemps arabes et le tapis rouge déroulé devant l’émirat du Qatar connu pour ses accointances avec les djihadistes. La lutte antiterroriste qui se mène dans les maquis algériens en a été sensiblement affectée et il n’est pas exclu que la décision militaire de stopper la prise d’otages d’In Amenas par les forces spéciales de l’ANP ait échappé au Président ou qu’elle l’ait pris au dépourvu. Ce qui accrédite cette thèse, c’est qu’au moment où les chefs d’Etat et de gouvernement des pays concernés par le site gazier d’In Amenas sont montés au créneau, notamment les premiers jours, semant le doute et la confusion, le président Bouteflika brilla par son absence publique.


Il n’y eut même pas un communiqué de la présidence de la République qui aurait plus rassuré les Algériens que les quelques brèves interventions de ministres. L’Algérie a subi une des attaques les plus terrifiantes de ces dernières années, et après, il était du devoir du chef de l’Etat d’informer et surtout de rassurer les Algériens sur la capacité du pays, politiquement et militairement, à maîtriser la situation et surtout à répondre à toutes les agressions du djihadisme international de quelque nature qu’elles soient. Le silence a été désastreux. Livrés à eux-mêmes, les journalistes algériens ne purent contrer la tornade médiatique venue des satellites. Il a fallu l’efficacité des militaires pour redonner espoir aux citoyens algériens et leur faire relever la tête, un peu comme le fit en Egypte leur équipe nationale de football qui gagna contre un adversaire provocateur.


En outre, la responsabilité de la fragilité du secteur énergétique incombe en large partie au président de la République. Il eut à soutenir à bras-le-corps Chakib Khelil, ex-ministre de l’Energie, qui a failli brader les hydrocarbures algériens tout en négligeant de sécuriser hautement les sites dans le Sud, les confiant à des boîtes privées. Encouragés politiquement, les djihadistes ont surfé sur une autre faillite de Bouteflika : la mise en place d’une économie productive. Ils ont mis à profit la détresse sociale pour diffuser leur propagande et recruter des désespérés au sein de la population affectée par la faiblesse de son niveau de vie et frappée de plein fouet par le chômage.


L’affairisme et l’importation tous azimuts de biens de consommation ont tenu lieu de modèle économique, reposant sur la dilapidation des ressources tirées des exportations de pétrole et de gaz. Les islamistes en ont tiré profit. Cet épisode sanglant du site gazier d’In Amenas ne pourra pas ne pas peser sur le cours de la vie politique. Comme durant les années 1990, la ligne de démarcation sera entre la résistance anti-intégriste et les partisans et les artisans du partage du pouvoir avec eux.

Ali Bahmane

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