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Publié par mohand

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boubnider salah

 

 

"Comment voyez-vous alors ce retour au peuple ?


Pourquoi la révolution de novembre 54 a-t-elle réussi ? Nous avions quelques principes et de grandes lignes dans le cadre du nationalisme. Le découpage des wilayas historiques avait été fait en fonction des spécificités de chaque région : la Kabylie, le Constantinois, l’Aurès-Nememcha, l’Oranie, etc.

Chaque région gérait ses affaires de façon autonome et contribuait ainsi au combat libérateur combat. Ce découpage a joué un rôle très important et a contribué au moins pour 50 % de la victoire. Il y avait une émulation entre les régions, une sorte de compétition positive. Chaque région était respectée et contribuer selon ses moyens et ses potentialités à l’effort national.

 

Voilà une forme de structure qui a fait ses preuves et qui a réussi. Pourquoi la rejeter aujourd'hui imposer une autre structure qui ne convient pas à la réalité du peuple algérien ?

Aujourd'hui, nous avons un découpage artificiel. Nous avons tourné le dos à nos traditions sans réussir à intégrer celle des autres.

 

Personnellement, depuis le congrès de Tripoli en 62, j'ai toujours été contre un pouvoir imposé par l'armée. J'étais à l'intérieur du pays de 54 à 62. Et si j'ai été militaire par nécessité historique, pour défendre mon pays, je suis d'abord un militant du peuple. Je n'ai jamais été carriériste. À chaque fois que le peuple a été associé au pouvoir, à la prise de décision, il a toujours marché. Mais lorsqu'on tente de lui imposer, il ne se laisse pas faire. En 1962, on a imposé un pouvoir par la force, on lui a imposé des lois et une administration inadaptés.

 

Le monde développé d'aujourd'hui a abandonné le centralisme et s'achemine vers la décentralisation politique, économique, sociale et culturelle qui permet la prise en charge des problèmes des citoyens par eux-mêmes.

Pourquoi ne pas définir de grands espaces régionaux, en tenant compte des spécificités de chaque région, et qui serait dirigées par des conseils élus démocratiquement ?

 

Une fois définie certains principes qui régissent l'ensemble de la nation algérienne, l'autonomie de décision doit être laissée aux régions. Parmi ces principes je citerai la République, la démocratie, le multipartisme. La décentralisation est le passage obligé si nous voulons avoir une place dans le monde de l'an 2000.

 

Plutôt que d'avoir 50 walis, 50 rois, 50 princes ou 50 dictateurs, il faut créer entre 5 et 10 régions qui se complètent sur les plans économiques, social et culturel. Celui qui a envie d'étudier ou d'enseigner une langue doit être libre de le faire pour moi les langues Kabyle, Chaoui ou Targuie  n’ont jamais été un problème bien au contraire c'est ça l'Algérie réelle et nul ne peut la changer, car nous ne voulons pas qu'elle perde sa personnalité et sa richesse.

 

Certains milieux risquent de vous répondre que la régionalisation que nous que vous proposez êtes une atteinte à l'unité nationale !


Pendant la révolution, De Gaulle avait voulu diviser les forces combattantes en proposant l'indépendance à toute région qui choisirait de rester dans le giron de la France. Mais il avait échoué. Les algériens avaient volontairement choisi de rester unis, sans contrainte aucune. Mais si l'unité est imposée par la force, il suffirait de la moindre défaillance du pouvoir pour qu'on finisse par s'entre-tuer. Regardez ce qui se passe dans les pays de l'Est qui sont en dépit des développés.

Il y a des mythes qui sont brandis pour diviser, afin de régner plus longtemps."

 

Extrait de l'entretien accordé par le Colonel Saout El Arab à l'hebdomadaire ruptures, paru dans le N°16 daté du 27 Avril au 3 Mai 1993.


Entretien réalisé par Arezki Ait Larbi.

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