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Publié par mohand

Comme tous les membres du gouvernement Ouyahia, Dahou Ould Kablia n’a pas la réputation d’un ministre de l’Intérieur qui communique beaucoup et facilement. Très peu d’interviews dans la presse nationale, quelques déclarations parfois, mais quand il s’agit d’un sujet sensible, le ministre se montre habituellement très prudent. Pas cette fois. Un groupe anonyme d’à peine 2 500 membres sur Facebook qui appelle à la révolution le 17 septembre en Algérie et le ministre fait des déclarations accusant des « parties étrangères » d’être à l’origine d’une tentative de déstabilisation du pays. Un ministre qui commente une rumeur appelant à renverser le régime, c’est du jamais vu dans le monde.

Avant cette déclaration, des journaux pas franchement hostiles au pouvoir ont largement couvert l’appel à la « révolution » du 17 septembre. A Alger et dans ses environs, la rumeur sur cette révolution a été très bien diffusée, suscitant de réelles inquiétudes, voire une psychose. Pourtant, il ne s’agit pas du premier groupe créé sur Facebook appelant à la révolution. Ni du premier appel sur Internet appelant à renverser le régime. Depuis quelques années, ce type d’initiative est très répandu sur la toile. Les choses se sont accélérées avec le printemps arabe. Au mieux, ces groupes ont suscité un intérêt des renseignements généraux et du DRS. Mais au sommet de l’État, ils n’ont jamais été pris au sérieux.

Pourquoi alors cet « appel du 17 septembre » a‑t‑il suscité un intérêt particulier des autorités ? Pourquoi avoir choisi de lui donner un tel retentissement alors que la logique aurait voulu que l’évènement soit ignoré ou fortement minimisé par le pouvoir ?

En fait, cet appel à la révolution intervient dans un contexte global qui ne peut que susciter des interrogations. Depuis le début du mois, le pays est livré à une sorte d’anarchie contrôlée. A la Madrague, à l’ouest d’Alger, des bandes de jeunes voyous ont mené des expéditions contre les dépôts de boissons alcoolisées, après la mort d’un jeune à la sortie d’un bar. La Madrague est un petit port de plaisance situé à quelques dizaines de mètres de l’école de police de Aïn Benian, l’une des plus importantes d’Algérie. La police ne pouvait‑elle pas sécuriser ce lieu ? Ne pouvait‑elle pas empêcher les troubles ? Sur place, la population affirme que les expéditions punitives menées contre les débits de boissons sont l’œuvre de bandes de voyous bien connus des services de police. Mais certains milieux suggèrent qu’il s’agirait d’islamistes intégristes et agitent déjà l’épouvantail du retour de l’ordre moral.

La menace d’un retour des islamistes est brandie au moment où la question du retour de l’ex‑FIS sur la scène politique revient avec insistance. Là encore, on retrouve le pouvoir à la manœuvre : des ministres, habituellement peu loquaces, décrivent dans le détail – certes sous couvert d’anonymat – les « débats » au dernier Conseil des ministres sur le retour de l’ex‑FIS. Un débat arbitré par le président Bouteflika, selon nos confrères d’El Watan. Depuis quand les ministres, qui sont souvent traités comme des élèves par le chef de l’État et qui ne disposent que d’un pouvoir limité dans la gestion de leur propre ministère, sont‑ils consultés sur des sujets aussi sérieux que le retour de l’ex‑FIS ? Ces sujets relèvent en effet de décisions stratégiques prises par les vrais décideurs du pays. En choisissant d’aborder le sujet en Conseil des ministres, le président avait un objectif précis : que le sujet soit rendu public.

Autre levier actionné : la Kabylie. Depuis près d’une semaine, la région est de nouveau en ébullition, après la bavure militaire qui a coûté la vie dimanche dernier à une femme de 55 ans. La population demande la délocalisation de la caserne de parachutistes d’où est parti le tir à l’origine du drame. Le ministère de la Défense garde le silence. Cette région est utilisée depuis quelques années comme variable d’ajustement : chaque fois que le pouvoir est en difficulté, la Kabylie renoue avec les troubles. L’entrée en scène du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), qui appelle à une marche populaire le 19 septembre à Tizi Ouzou, n’est guère rassurante. Curieusement, ce mouvement non agréé organise des marches et des manifestations en toute liberté alors que son président Ferhat Mehenni fait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

La simultanéité des évènements de ces derniers jours, conjuguée au caractère politique des messages distillés (retour des islamistes en politique, retour de l’intégrisme islamiste dans la société, menace étrangères, menace de troubles en Kabylie, insécurité à Alger…), peut difficilement être le fait du hasard. Le pouvoir semble avoir plongé l’Algérie dans une situation d’instabilité contrôlée. But : échapper au mouvement de changement qui touche le monde arabe. Mais le pari est hautement risqué.

Samir Allam
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