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Publié par mohand

La fin de la première décennie du vingt et unième siècle s’ouvre sur une nouvelle ère marquée par un élan sans précédent impulsé par un mouvement de la jeunesse porteur de grands espoirs, réclamant liberté, égalité et justice et faisant grand usage de nouvelles technologies de l’information. Ce mouvement reflète la volonté et l’aspiration des peuples à vivre dans la dignité et à réaliser l’édification d’un Etat de droit, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la suprématie de la loi, la gestion rationnelle des affaires de la société. Ces valeurs, que certains considèrent comme étant modernes et importées, sont en fait, pour nous les Amazighes, des valeurs authentiques enracinées dans nos traditions démocratiques locales tout au long de notre histoire civilisationnelle, avant que l’identité marocaine soit, par la suite, réduite à une seule dimension au sein de l’Etat national central.


Dès l’indépendance, le Maroc consacre l’Etat national centralisé et proclame son identité arabe. Le mouvement dit « national» profondément attaché au panarabisme, qui a alors le vent en poupe depuis le golfe Persique jusqu’à l’océan Atlantique, revendique alors l’arabisme comme facteur d’unité, tandis que la diversité culturelle est présentée comme un ferment de division. Face au redoutable arsenal de mythes valorisant l’arabisme, les communautés amazighes ne font pas le poids étant considérées comme gênantes, en raison même de leur seule existence, pour la cohésion de la « Nation arabe ».

Dès le départ, le système juridique marque de façon ferme la négation et le rejet de toute reconnaissance du fait amazighe. L’arabisme et l’islamisme seront les seules références officielles et, pour empêcher toute forme d’expression plurielle, le cadre étatique sera totalement verrouillé.

Aussi, n’est-il pas surprenant que ces derniers mois,  les Amazighes prennent, sans hésitation, l’initiative pour appuyer ce courant de révolte revendiquant le changement, et qu’ils soient à l’avant-garde avec les forces appelant à l’édification des fondements d’une transition pacifique vers la Démocratie, unis dans leurs buts avec le reste du mouvement, considérant leur cause comme partie intégrante du projet démocratique, vu qu’il n’y a point de vie pour l’Amazighe sans liberté, sans égalité et sans justice.

L’amour de la patrie 

 

Nous, les auteurs de cet appel, déclarons, en toute sincérité, que ce qui nous anime est notre amour pour notre patrie, notre unique patrie. Nous connaissons avec toute précision l’étendue des énormes sacrifices que les enfants de cette patrie ont consentis pour qu’elle reste une patrie libre de toute tutelle étrangère.

Animés également par notre conscience démocratique du caractère sensible de la phase que traverse notre pays, une conscience empreinte du penchant humanitaire connu chez les Amazighes depuis longtemps, nous considérons que l’humain reste la valeur suprême, et que le reste n’est que simples moyens pour lui garantir la dignité et l’épanouissement civilisationnel.

 

De nos jours, l’humanité a franchi des pas considérables dans l’estimation de la valeur de l’homme et du respect de sa dignité, ce qui lui a permis de déterminer avec précision le cadre général des principes nécessaires à la préservation des droits de l’homme garantissant par-là l’égalité entre tous les membres d’une même société sur la base de la citoyenneté, sans distinction de couleur, de race, de religion ou de langue.

 

Il s’agit là de l’une des meilleures réalisations de l’humanité jusqu’à présent en comparaison à ce que était la situation dans le passé en mépris de la dignité humaine, la persécution et l’exclusion,  au nom des religions ou des appartenances ethniques et tribales dans les systèmes dictatoriaux de gouvernement caractérisés par la domination et la répression.

 

Une adhésion au débat public 

 

Voilà donc une fois de plus, qu’en dépit des formes d’injustice dont nous avons été la cible, et de toutes les formes de marginalisation et de mépris ayant visé notre dignité et notre être, que nous nous choisissons d’adhérer sincèrement, de façon positive et constructive, au débat public enclenché par le mouvement de la rue marocaine emporté par le souffle de divers vents de libération. Nous adressons notre appel à la nation marocaine qui a atteint un degré de maturité dans la conscience de soi et dont les idéologies importées n’ont pas réussi à affaiblir ce sentiment d’appartenance à la terre marocaine qui constitue le fondement suprême et premier de l’identité marocaine, de l’union de tous les membres de la société marocaine. Cette appartenance représente le cadre géographique et historique de la vraie personnalité marocaine qui englobe tous les constituants sans exception, et dans laquelle tous les Marocains se reconnaissent avec la diversité de leur appartenance politique, idéologique ou régionale. Cet authentique nationalisme a été, pendant longtemps, évincé par le concept réducteur du « nationalisme » chez certaines élites citadines depuis les années trente du siècle dernier, durant la lutte contre la tutelle étrangère française. Cette vision étriquée et réduite de ce concept est la base autour de laquelle ont été édifiés les soubassements mêmes de la constitution, de l’éducation, des médias ainsi que tous les services susceptibles de façonner la conscience du « sujet » marocain et son encadrement de la société.

Le résultat en a été la formation de générations de marocains en déphasage avec leurs réalités quotidiennes, ignorants ce qu’est la personnalité marocaine authentique façonnée par l’histoire profonde du Maroc.

Il nous a été particulièrement douloureux depuis l’aube de l’indépendance de voir notre identité et notre langue amazighes écartées de la sphère des « fondements » institués, et de voir le « nationalisme marocain », dans son concept officiel, asseoir la ségrégation contre l’ «Amazighe ». Cette ségrégation revêt, souvent, l’apparence du nationalisme arabe, avec tout ce qu’il dissimule comme mépris de la culture des peuples, du sentiment de paternalisme civilisationnel ayant pour origine une lecture sélective de l’histoire, et dans d’autres cas, revêt l’habit de l’extrémisme religieux étranger à la culture marocaine originelle qui est caractérisée, depuis de longues générations, par les valeurs de tolérance, de liberté, de respect et de diversité.

Dès l’aube de « l’indépendance » et pendant longtemps, nous avions conscience que la perte de nos droits est due à la persistance de certains Marocains parmi l’élite gouvernante, orgueilleux de leur appartenance à « l’arabité », à assiéger les aspects de notre identité et à réduire le rayonnement de notre culture et de notre langue originale, et ce en monopolisant tous les canaux officiels susceptibles de propager les connaissance et les valeurs.

Le but, qui n’avait rien d’honorable, était de nous diluer dans le tissu arabe, d’effacer notre amazighité et de fondre notre particularité ancestrale, pour que nous devenions une partie de la grande patrie qui s’étend, selon l’idéologie arabiste, « de l’atlantique au golfe ». Cette approche est considérée dans la langue internationale des droits de l’homme comme un  « Ethnocide Culturel», une politique criminelle condamnée par la conscience universelle et par les lois mondiales étant donné leur effet négatif sur les cultures humaines et sur les relations pacifiques entre les êtres et les communautés. Une des conséquences de cette politique est notre étranglement dans notre propre pays pour un pari civilisationnel unique, en l’occurrence le « pari oriental ». Ceci a appauvri notre personnalité culturelle ainsi que les possibilités de renaissance, en lui interdisant de bénéficier des modèles civilisationnels alternatifs plus vigoureux et plus modernes. Ce qui a également fait perdre à la société marocaine le sens des valeurs et de l’identité qui auraient pu nous orienter, pour partir de nous-mêmes, au lieu de cloner des modèles culturels qui ont souffert pendant de nombreuses décennies de l’indigestion des connaissances modernes et du gel des énergies de la pensée, de la créativité et de l’invention, avant de céder aux courants de régression et du retour vers le passé suite à son échec à faire face aux défis du présent.

Tout cela a été accompagné par l’édification des assises de la dictature en matière de gouvernement en accordant des prérogatives absolues à la personne du gouvernant, par l’accaparation de l’autorité, de la richesse, des ressources et des valeurs, par les familles alliées au régime ; ce qui a instauré une culture de la corruption et a fait perdre aux Marocains des occasions de renaissance et de développement.

Comme il n’y a point de droits perdus tant qu’il a un revendicateur, et que nous avons exprimé à haute voix les revendications de nos droits à même de réveiller ceux qui demeuraient dans l’ignorance, le processus historique qu’a connu la transition du trône en 1999, et tout ce qui l’accompagnait comme défis et enjeux ainsi que les grands événements nationaux, régionaux et internationaux, ont aidé à la survenance du premier intérêt sérieux du Roi Mohammed VI pour nos revendications légitimes le 17 Octobre 2001.

Ce fut un nouveau souffle qui a fait naître en nous de nouveaux espoirs. Cet intérêt n’a cependant pas été suivi d’acte à même de fournir des garanties constitutionnelles et la protection juridique des mesures entamées au sein des institutions. Le résultat en était que notre bonne volonté s’est heurtée à la persistance des mentalités ségrégationnistes ancrées dans certains esprits et au référentiel juridique en vigueur qui ne reconnaît ni notre existence identitaire ni notre langue ni notre culture ni le système de nos valeurs.

Ces obstacles ont abouti à faire échouer le projet de la promotion de l’Amazighe dans de nombreux domaines notamment dans l’enseignement avec l’apparition de prémisses dangereuses de régression, même au niveau des faibles acquis réalisés pendant la dernière décennie.

L’Amazigh, une langue demeurée vivante 

 

Voilà qu’aujourd’hui encore, dix ans après une relative reconnaissance de l’Amazighité du Maroc, nous autres amazighes, nous nous retrouvons dans une situation de sentiments d’humiliation et de rejet chaque fois que nous relisons la constitution marocaine qui ignore tout simplement l’existence de « Timmouzgha » et notre identité séculaire, de même qu’elle dénie complètement notre langue amazighe, héritage immémorial commun de notre histoire.

Si les langues contemporaines à la langue Amazighe dans les civilisations du bassin méditerranéen ont quasiment disparu, la langue Amazighe quant à elle, est demeurée vivante, témoignant ainsi d’une civilisation profonde. Or, le recensement officiel révèle que, ces dernières années, le nombre d’amazighophones a régressé. Parlé par l’écrasante majorité des habitants du Maroc, au début de l’indépendance, voilà que la langue amazighe ne serait plus parlée, nous dit-on, que par 28% de la population, un pourcentage bien en deçà de la réalité, qui confirme la ferme intention chez certains responsables ségrégationnistes et malintentionnés de minimiser la présence de la langue Amazighe dans la société. Ainsi minorisée et marginalisée, notre langue autochtone, fait face au danger d’extinction qui menace toute langue privée de pouvoir juridique et politique. Notre amertume est profonde, également, chaque fois que nous relisons le texte de la constitution, que nous parcourons les journaux ou que nous entendons dans les médias et/ou dans les discours officiels, l’expression « Maghreb Arabe »ou « peuple arabe » qui réduit l’identité de nos pays d’Afrique du nord à une seule dimension, coupée de la réalité de l’histoire, de la géographie, des cultures des peuples, de leurs langues, de leurs sentiments d’appartenance.

Dénis, frustrations et exclusion 

 

Quel sentiment de colère, est le notre, chaque fois que nous entendons que l’Histoire de l’Etat marocain s’étend à Douze siècles uniquement, à l’histoire de l’arrivée d’un seul homme arabe s’étant réfugié au Maroc, et que quelques tribus Amazighes ont accueilli et protégé lui octroyant une grande considération. Il serait ainsi le fondateur du commencement de l’Etat et de la civilisation marocaine, dans l’idéologie officielle, effaçant tout le passé historique des Etats qui lui sont contemporains tels que le royaume des Berghwatas à Tamesna et de Sijilmassa au Sud Est… ou des royaumes qui lui sont largement antérieurs depuis des temps immémoriaux.

Quelle sentiment de réelle ségrégation, chaque fois qu’un Amazighophone se trouve contraint de parler une langue qu’il ne maîtrise pas en renonçant à sa langue dans ses rapports avec l’administration et les milieux officiels, voire même dans les tribunaux, espaces pourtant conçus afin de garantir la justice et l’équité pour les victimes de l’injustice, et non comme lieux de ségrégation entre les personnes qui sont en principe égales en droit et en citoyenneté.

Quel sentiment d’injustice, chaque fois que l’un de nous se trouve contraint de recourir à la justice pour octroyer un prénom Amazighe à son nouveau né, et que l’Officier d’Etat Civil l’informe que ce prénom Amazighe est irrecevable vu «qu’il n’a pas de sens en arabe » ou qu’il ne figure pas dans la liste élaborée par le Ministère de l’Intérieur fournie à tous les bureaux d’Etat Civil.

Quel sentiment d’exclusion, chaque fois que nous regardons les chaînes marocaines de télévision pour lesquelles nous nous acquittons de nos impôts mais qui ne proposent que de rares émissions amazighes, soit autour de 1,8% en Amazighe à des heures impossibles, préférant diffuser des films indiens, moyen orientaux ou occidentaux (exception faite pour la 8e chaîne Tamazight, dépourvue de crédits financiers suffisants et de transmission terrestre pouvant permettre au simple citoyen marocain de la capter).

Quelle sentiment de dépit, quand le manuel scolaire amazighe, en tant que source indispensable aux enseignants et aux apprenants, reste introuvable sur le marché et donc inaccessible aux élèves et quand la généralisation horizontale et/ou verticale de l’enseignement de la langue amazighe est ralentie voire stoppée engendrant ainsi un retard considérable en dépit des notes ministérielles dont les directives sont pourtant claires et précises, mais qui restent sans suite.

Quel sentiment de déni, lorsque les tenants du pouvoir consacrent des notions idéologiques néfastes, rétrogrades et subjectives dans les manuels scolaires, en satisfaction à certains courants politiques racistes ou obscurantistes, avec pour objectifs, la réduction ou la négation totale du rôle des Amazighes dans l’Histoire du Maroc, la dissimulation de leur civilisation et de leur identité à travers la falsification et la dissimulation des faits réels et tout cela, bien entendu, en contradiction avec l’objectivité scientifique et le respect des critères pédagogiques,

Quel sentiment d’arbitraire, chaque fois que les autorités locales refusent de délivrer un récépissé de dépôt légal de statuts pour la création d’une association Amazighe et chaque fois que ces mêmes autorités interviennent pour interdire une manifestation culturelle Amazighe, alors que sont organisées sans aucun problème, dans différentes régions du Maroc, des manifestations pour la culture et la langue arabes.

Quel sentiment de frustration, lorsque la graphie amazighe, le tifinagh, bien que préconisé par l’IRCAM et approuvée par la majorité écrasante des partis politiques réunis par le Roi Mohamed VI à cet effet, reste cantonnée dans un environnement très limité à l’intérieur de l’école et continue à faire l’objet d’interdictions ici et là, dans les domaines publiques et privés.

Quel sensation de mal-être, chaque fois que nous relevons que les surenchères de l’arabisation idéologique s’étendent aux noms des villes et des lieux géographiques marocains berbérophones, remplacés ainsi par d’autres noms « arabes », ou manipulés orthographiquement de manière à leur faire perdre leur sens originel amazighe, malgré les dispositions des accords et conventions internationales des droits humains visant à la préservation du patrimoine des nations et des peuples ainsi que de leurs identités culturelles.

Quelle consternation, chaque fois que nous avons connaissance de la désignation des membres d’une commission ou d’un conseil chargé de statuer sur les affaires du pays et de proposer les moyens de gestion d’une affaire nationale, sans considération de la représentativité de l’opérateur Amazighe qui demeure écarté alors que les autres prennent des décisions en son nom et par tutelle. Quel autre recours alors que la presse et les médias pour exprimer nos protestations et nos propositions qui, au demeurant, restent sans échos. Les principaux responsables de l’occultation de notre identité, de la marginalisation de notre langue et de notre culture, ainsi que l’échec de leur intégration au sein des institutions, sont ces mêmes membres, défenseurs acharnés d’une arabité intransigeante, occupant le devant de la scène dans toutes les tribunes de prise de décision, monopolisant les postes de présidences et d’autorités. Ils n’hésitent pas à exercer des dénonciations fallacieuses, à façonner des rapports mensongers contre tout acquis de l’Amazighité, animés qu’ils sont d’un type de racisme amazighophobe gratuit.

Quel sentiment de violation de notre dignité, lorsque nous constatons que des régions entières à majorité amazighophones, marquées par la dureté de la nature, continuent à souffrir de la marginalisation économique et sociale depuis l’indépendance, et cela alors même qu’elles ont étés à  l’avant-garde réelle de la lutte contre l’occupation étrangère. Au lieu d’être soutenues pour leurs actions et faits historiques par la promotion et le développement, ces régions ont été victimes d’une politique d’exclusion et de marginalisation, d’une politique d’accaparement de leurs richesses et ressources au profit d’une élite corrompue au pouvoir niant ainsi la grande majorité des habitants.

Quel sentiment d’injustice en voyant l’état d’appauvrissement dans lequel vivent les habitants de nombreuses régions disposant de mines aux richesses naturelles considérables, exploitées au détriment de leurs intérêts par des sociétés « anonymes » qui polluent l’environnement, épuisent les eaux souterraines, détruisent la faune et la flore, transgressant et violant délibérément les lois nationales et internationales lesquelles affirment le droit des populations locales à disposer des richesses naturelles de leurs territoires.

Quelle sensation d’exclusion et de frustration, lorsque les  instances et organismes internationaux des droits humains appuient les revendications amazighes et les considèrent comme légitimes, alors qu’elles sont bafouées par certains de nos compatriotes qui prônent leur « l’arabité » avant leur appartenance au Maroc, et qui voient en toute reconnaissance de la langue Amazighe un « danger » qui menacerait leur existence. Faut-il rappeler, à ces mêmes compatriotes, que notre être et le leur ne fond qu’un, symbiose de l’Amazighité et de l’Arabité au terme du brassage pendant de longs siècles ? L’Amazighité a été au service de l’Arabité sans que les arabes fournissent le moindre service à l’Amazighité. L’animosité envers tout ce qui est Amazighe n’a pas de raison d’être et il est grand temps que chacun accomplisse son devoir envers la langue originelle des habitants du Maroc, en réalisation de l’égalité et de l’approfondissement du sentiment de la « Marocanité » qui nous unit.

Quel sentiment d’intense colère, lorsque nos autres compatriotes chargés de prêcher dans les mosquées et adeptes de courants religieux extrémistes orientalistes, profitent de leur position pour porter atteinte à notre identité Amazighe et nous accuser d’être des agents de l’étranger, sans que l’on puisse disposer du droit de réponse à partir des mêmes tribunes, qui sont en réalité établies pour prier et servir Dieu et non pour susciter la confusion et le désordre politique. Ainsi, l’arabo-islamisme se substitue-t-il  ici  à l’arabisme en plein agonie en se mobilisant en la circonstance pour contester toute légitimité à notre identité, culture et langue amazighes.

Une interrogation légitime

 

Nous ressentons encore et encore, l’humiliation et l’injustice avec ce qui peut en résulter comme sentiment d’oppression aux relents d’implosion face mépris envers notre dignité et à la négation de notre droit à la citoyenneté. Cette marginalisation et cette exclusion nous poussent à nous interroger et à nous poser les questions suivantes : sommes-nous des étrangers, des réfugiés ou des colonisés sur ce territoire ? Vivons nous une occupation étrangère par une minorité qui fait fit de notre identité, de notre culture et de notre langue et qui ne partage pas avec nous le même sentiment d’appartenance à l’être marocain aux sources diversifiées ?

De notre côté, nous sommes convaincus que l’Amazighité est l’élément de base qui nourrit les diverses constituantes et variantes de la société marocaine, et qu’elle est l’emblème indéniable de la particularité marocaine.

La source de cette interrogation légitime, est notre sentiment que les responsables ne partagent pas nos soucis, n’accordent pas d’importance à ce qui nous porte préjudice et touche à notre dignité bien que la royauté ait été considérée depuis des décennies d’histoire du Maroc moderne comme l’arbitre entre toutes les parties, un élément d’équilibre dans la vie politique marocaine. La négation flagrante de l’état marocain d’une grande partie de la nation au détriment d’une autre, voire même de privilèges exagérément accordées à certaines familles ces derniers temps, nous amène à réitérer nos revendications légitimes et à appeler à une nécessité d’une réforme générale des fondements de la nation pour un Etat de droit garantissant à chacun ses droits légitimes sans distinction, inégalité ni iniquité. La reconnaissance par la prochaine constitution de l’identité Amazighe du Maroc est de nature à réhabiliter une composante culturelle essentielle; de même qu’elle est de nature à faire prendre conscience à la citoyenne et au citoyen marocain de leur appartenance à l’ensemble des constituants de l’édifice national sans exception. Ceci ne pourrait que consolider la fierté d’appartenance à la nation marocaine enracinée dans la civilisation de son pays dans toute sa profondeur historique ; de lui faire acquérir l’esprit de relativité et de tolérance pour l’ouverture à d’autres cultures.

Des revendications en droits

 

Après la description de l’état des lieux et l’explicitation de nos revendications démocratiques en cette phase historique que traverse notre pays, force est d’affirmer qu’il est vital de consacrer en toute clarté, du point de vue politique et de celui de la pensée, un véritable sentiment national, qui prendrait en considération tous les fondements de la « Marocanité » et fédèrerait toutes ses composantes avec la reconnaissance effective des droits selon les standards universels. Ainsi, en ce qui concerne l’Amazighité, nos revendications en droits sont les suivants :

 

1/ Vu que la constitution est la loi fondamentale qui détermine le type de régime politique, organise les différents pouvoirs ainsi que les relations entre eux et garantit les droits individuels et collectifs, il est impératif que la constitution consacre une reconnaissance expresse de l’Amazighité.

Cette reconnaissance constitutionnelle de l’Amazighité n’a pas été prise en compte jusqu’ici en raison, d’une part, des formes non démocratiques qui prévalaient lors de l’élaboration de la première constitution du pays même après son amendement, et d’autre part, en raison de la mainmise de certains sur le pouvoir, les prérogatives et privilèges qui s’en sont suivis.

A ce jour, l’Amazighité n’a toujours pas sa place au sein des institutions, de même qu’elle n’a pas été préservée, ni développée. Aussi, la constitution doit-elle mettre en avant la dimension amazighe du Maroc, avec tout ce que cela suppose comme protection effective.

La mention de l’identité amazighe du Maroc doit ainsi mettre fin à la perception unilatérale de l’exclusion qui réduisait l’identité du Maroc à l’arabité et à l’Islam.

Aussi, faut-il supprimer  de la constitution marocaine les termes en contradiction avec la réalité de notre identité plurielle.

Ainsi, la notion de « Maghreb Arabe » devrait-elle être remplacée par la dénomination « Afrique du Nord », empreinte d’objectivité et respectant toutes les composantes.

 

2/ Que la constitution marocaine mentionne dans son préambule, aux côtés des dimensions de l’identité marocaine, la langue amazighe en tant que langue officielle, et ce conformément aux vœux des forces nationales démocratiques politiques et civiles ainsi qu’aux recommandations des commissions des nations unies et des organisations internationales des droits de l’homme, afin de garantir l’égalité et l’équité entre tous les citoyens et satisfaire aux conditions de développement, aux opportunités d’évolution simultanée des deux langues en tant que patrimoine commun de tous les Marocains ; et afin de concrétiser la protection légale requise pour la langue amazighe pour occuper la place qui lui revient dans l’enseignement et dans l’espace public, par le biais de lois et règlements clairs et précis promulgués par le parlement et qui aideront à entreprendre les autres procédures pour l’institutionnalisation de l’Amazighe dans tous les domaines à l’instar de la langue arabe. Il n’y a nul besoin de rappeler que la mention de la langue amazighe dans la constitution comme simple « langue nationale » n’est d’aucune utilité et ne changera en rien sa situation comme ce fut le cas dans le pays voisin, l’Algérie, où l’Amazighe est langue nationale depuis une dizaine d’années.

La langue amazighe, vecteur de communication sociale, est une langue nationale de facto, historiquement et civilisationnellement. Par contre, le statut de langue officielle est censé la protéger contre toute tentative d’exclusion ou de minoration politique, juridique et social puisqu’elle devrait être, avec l’arabe, la langue par laquelle se réalise l’ensemble des activités publiques dans des cadres de type administratif, politique, culturel, social et éducatif clairement délimités.

La langue Amazighe dispose actuellement de documents modernes tels que des dictionnaires, des lexiques spécialisés, des ouvrages de grammaire, d’anthologies littéraires, de didactique, et de toutes les constituantes d’une langue moderne qui font qu’il ne peut être argué d’un prétendu défaut ou absence de préparation à une reconnaissance officielle dans la constitution.

D’autre part, la reconnaissance de deux langues officielles ne signifie pas une confrontation entre elles ou la division du pays en deux nations comme prétendu par certains adeptes de l’idéologie de l’exclusion, élevés dans le jacobinisme.

Elle signifie au contraire la concrétisation de l’égalité entre les composantes du patrimoine symbolique marocain en émulation avec les pays démocratiques disposant de plus d’une langue officielle dans leurs constitutions et ayant continué à préserver leur stabilité et leur unité. Il s’est avéré aussi que cette stabilité et cette union trouvent souvent leur source dans la reconnaissance de la pluralité et son entérinement par la constitution.

Bien au contraire les litiges peuvent surgir à cause de la persistance de la discrimination, de l’injustice et de l’exclusion et non le contraire.

Il est au demeurant utile de s’inspirer des expériences et réalités des nations démocratiques dont les constitutions mentionnent plus d’une langue officielle tels que la Suisse (4 langues officielles), le Canada (2 langues), la Belgique (3 langues), la Finlande (2 langues), l’Inde (23 langues), le Luxembourg (3 langues), l’Irlande (2 langues), le Madagascar (3 langues), la Nouvelle Zélande (3 langues), l’Afrique du Sud (11 langues). Il existe même un pays, en l’occurrence la Bolivie, ayant officialisé 37 langues dans sa constitution.

L’inspiration de ses exemples enrichira le regard des Marocains sur leur réalité linguistique et leur permettra de sortir de l’étranglement du modèle jacobin français qui ne peut s’appliquer à un pays pluraliste tel que le Maroc.

La reconnaissance de la langue amazighe comme langue officielle ne signifie pas que cette langue assurera immédiatement toutes les fonctions.

Il est connu que les constitutions des pays démocratiques mentionnent des détails déterminant les fonctions des langues nouvellement reconnues, leurs domaines d’usage, les garanties assurant leur promotion et leur protection surtout quand ces langues ont été marginalisées pendant longtemps.

Ces actions concernent tout d’abord la réussite de leur enseignement et de leur épanouissement, ainsi que la formation des cadres du pays dans ces langues afin qu’elles puissent assurer la fonction de langue officielle.

Il est à signaler que la constitutionnalisation de la langue amazighe nécessite aussi la constitutionnalisation du principe de protection de la culture nationale dans toutes ses composantes, et la reconnaissance du droit coutumier amazighe comme une des sources de la législations au Maroc à côté du droit positif pour s’en inspirer en cas de besoin.

 

3/Que le découpage régional escompté tienne compte des deux facteurs historique et culturel, en préservation de l’harmonie avec la personnalité régionale qui joue un grand rôle dans la réussite des projets de développement, étant donné son rôle comme ciment socioculturel solide entre les citoyens de la région et ce qu’elle offre comme possibilités d’accréditation des spécificités locales. Il est prouvé que tout projet de développement ne prenant pas en compte la culture de l’homme, sa langue et son environnement est exposé à l’échec, parce que les premiers pas de la réussite du projet de développement consiste en l’encadrement, la prise de conscience et la sensibilisation visant l’intégration de l’individu dans la dynamique du projet et tisser les liens sociaux et les conditions psychiques et mentales pour sa réussite.

De là, le respect de l’élément humain par le biais du respect de ses emblèmes culturels et de sa langue confère une profondeur culturelle et humanitaire au développement démocratique dans l’espace local et régional.

Nous considérons que le découpage régional fondé sur les purs calculs sécuritaires ou administratifs est de nature à entraver le développement régional fondé sur l’intégration de l’individu dans son environnement. Sur la base de cette logique, nous refusons le découpage proposé par la commission du régionalisme élargi et nous formulons des réserves sur ce qu’il comporte comme concepts ne respectant pas les critères internationaux du régionalisme et qui n’accordent pas des prérogatives suffisantes à la région.

En outre, cette perception est fondée sur une conception centraliste dominée par des petits calculs en contradiction avec toutes les propositions des associations Amazighes à ladite commission.

 

4/ Que les conditions matérielles et humaines suffisantes soient satisfaites, ainsi que l’arsenal juridique requis, pour intégrer la langue Amazighe dans les filières d’études. Il est urgent de créer des postes budgétaires suffisants pour les lauréats des filières d’études amazighes dans l’université, de même, il est d’une nécessité impérieuse de créer des départements de la langue et culture Amazighes  au sein des universités marocaines comme il en existe pour les autres langues, et de débloquer un budget suffisant pour leur fonctionnement.

Il est aussi impérieux de créer une unité spéciale au sein du Ministère de l’Education Nationale pour veiller au bon fonctionnement de l’opération d’intégration de la langue Amazighe dans le système éducatif .

L’apprentissage de cette dernière doit être obligatoire à l’instar des autres langues, sa généralisation doit se faire horizontalement sur l’ensemble du territoire national, et verticalement dans tous les cycles de l’enseignement dans des délais raisonnables,

L’implémentation du processus de l’unification progressive de la langue amazighe et son enseignement avec son alphabet le tifinagh, qui a obtenu une reconnaissance nationale et internationale depuis des années, doit se poursuivre. Toute remise en question de ces principes est un entérinement flagrant de la ségrégation contre la langue et la culture Amazighes.

 

5/Les programmes scolaires doivent être assainis de tous contenus pouvant inspirer un regard diminutif de l’Amazighe, sa réhabilitation en tant qu’identité, langue et culture dans tous les programmes d’études et particulièrement l’histoire dans tous cycles et niveaux d’enseignement. Ces programmes doivent traduire une relecture et une réécriture de l’histoire du Maroc scientifiquement et objectivement sur les fondements des indices archéologiques et littéraires les plus anciens, ainsi que le rejet de toute préférence subjective entre l’histoire ancienne et l’ère islamique de l’histoire du Maroc.

Le rôle des sommités et personnalités nationales sans considération de leurs origines, leurs référentiels et les domaines de leurs actions doit être mis en exergue.

Les établissements, les rues, les avenues et les espaces  publics doivent également porter les noms des personnalités Amazighes.

Les manuels d’histoire et autres livres scolaires doivent comporter une description équitable, précise et éclairée de la culture et de la civilisation Amazighe.

 

6/Que les médias publics soient libérés de la tutelle du pouvoir exécutif, de ses orientations et de sa censure, et en faire une tribune de débat public vif qui reflète la réalité de la société marocaine avec toutes ses composantes ; agir sur la politique d’information officielle pour sortir l’Amazighe de la sphère du tabou, en encourageant l’approfondissement du dialogue national sur les composantes de l’identité marocaine et les dimensions de la personnalité culturelle nationale, le rôle de l’Amazighe dans l’édifice civilisationnel marocain ; et ce pour fournir aux citoyens les connaissances suffisantes pour changer la conception négative de leur culture originelle, et corriger les préjugés cultivés par l’ancienne politique de l’information.

Il est également juste de produire 30% de programmes amazighes sur les chaînes marocaines de télévision, à l’instar du canal amazighe qui produit 30% de programmes en arabe. Reprogrammer les informations amazighes dans la première et deuxième chaîne de manière à permettre à l’Amazighe de bénéficier du droit de diffusion en temps de grande affluence, et doter la chaîne amazighe de transmissions par câble au moyen de crédit requis pour qu’elle puisse produire des programmes pouvant satisfaire la demande en qualité requise et satisfaire les besoins des téléspectateurs.

Il est également devenu impérieux de structurer la radio centrale amazighe sous forme de direction indépendante administrée par des responsables initiés à la langue et à la culture amazighes, de renforcer ses équipements de diffusion pour couvrir la totalité des régions proches et lointaines, d’augmenter le nombre d’heures d’émission atteignant 24 heures non-stop, de rendre justice aux salariés de la radio amazighe en les faisant bénéficier des conditions normales de travail, avec tous leurs droits d’égalité avec les autres fonctionnaires dans le domaine de l’information, comme leur droit de bénéficier de cession de formation et de participer aux concours d’obtention d’autres prix.

A ce niveau, nous constatons le manque d’intérêt pour les droits amazighes au niveau du conseil d’orientation journalier, et de prise de conscience au sein des programmes de l’Etat, de telle sorte que les Amazighes reçoivent le même discours avec la même langue qu’autrui.

Les autorités éducatives ont procédé depuis 2001 à l’intégration de la matière des droits de l’homme dans les programmes scolaires, sans que cela comprenne clairement les médias.

Ces autorités n’ont accordé aucun intérêt, parmi lesdits droits, aux droits culturels et linguistiques, au droit à la différence et à la distinction ; l’accent a été mis sur les autres droits politiques et civils. Le discours général sur les droits écarte toujours les droits culturels et linguistiques.

C’est l’influence de la politique d’assimilation accréditée par l’Etat ; le discours dominant tend à confirmer que les Marocains sont un même et seul peuple de même langue, de même culture et de même origine, malgré la reconnaissance officielle de l’amazighité comme composante fondamentale de la personnalité marocaine depuis 2001.

 

7/L’égalité des marocains devant la loi, au demeurant prévu par la constitution, ne doit pas être seulement théorique, au même titre que leur égalité en ce qui concerne leur langue de communication quotidienne.

Le droit à la langue doit permettre que soient compris leurs dires en cette langue lors des plaidoiries ou devant l’administration afin que leurs droits soient assurés. Jusqu’à présent, au Maroc, certains agents d’autorité et de justice exigent des citoyens amazighes, ignorant l’arabe ou le parlant mal, l’usage de cette langue au sein des institutions, ce qui conduit à les priver de leurs droits.

Malgré la modification du Code du statut personnel en 2004, (la Moudouana), et la campagne de prise de conscience des nouvelles modifications auprès des femmes, la femme amazighe demeure privée de son droit de compréhension de la Moudouana du fait que la langue amazighe n’a pas été utilisée par l’état dans les campagnes de sensibilisation particulièrement en milieu rural où se trouvent des femmes ne connaissant rien de leurs droits.

Le Ministère de la Justice n’a pris aucune initiative pour l’élaboration d’une traduction officielle en langue amazighe écrite et audiovisuelle du texte de la Moudouana et des divers autres textes accrédités par le gouvernement qui les diffuse.

Des associations amazighes ont entrepris ce travail extra institutionnel sans disposer des canaux officiels requis pour diffuser leur travail et le faire connaître aux populations concernées.

 

8/Partager équitablement les richesses nationales, permettre aux régions de bénéficier de leurs biens matériels et symboliques et de leurs ressources humaines, cesser de s’accaparer les terres des tribus et des habitants dans le monde rural et de les usurper illégalement, de s’approprier les terres récupérées qui ont été cédées ou louées aux sociétés privées, de les restituer à leurs propriétaires légitimes, annuler le conseil de tutelle et mettre fin aux systèmes juridiques actuellement institués dans l’administration des terres collectives, une législation héritée du protectorat français et accréditée par les autorités marocaines après l’indépendance par le même procédé ayant prévalu pendant l’ère coloniale.

Nous appelons également au respect des lois nationales et internationales pour l’exploitation des mines et de la pêche hauturière, au respect des droits des habitants et de leurs intérêts comme priorité ne souffrant aucun retard et atermoiement, à imposer la transparence au sujet des mines et des richesses halieutiques pour qu’elle soit discutées au parlement et au gouvernement, à mettre fin au monopole de certaines parties dans l’exploitation exclusive de ces richesses pour s’enrichir au détriment des droits du peuple marocain.

 

9/L’interdiction des prénoms amazighes auprès des bureaux d’état civil doit être levée sans tarder, de même que doivent être annulées les listes qui imposent des noms définis au détriment d’autres.

La commission supérieure de l’état civil doit être dissoute et la liberté des parents dans le choix des prénoms adéquats pour leurs enfants doit être respectée en toute liberté, sans discrimination.

 

10/Réhabiliter les toponymes amazighes au Maroc et faire connaître leurs sens et leurs significations à l’école et dans les médias, se rétracter de leur falsification ou de leur déformation sur les panneaux de signalisation routière comme c’est le cas durant ces 50 dernières années, dont la conséquence est l’occultation d’un grand nombre de toponymes et à l’arabisation de la géographie marocaine dans une grande proportion, contrairement à ce qui est reconnu par les textes internationaux invitant à s’abstenir du changement des noms de lieux pour les remplacer par des noms d’une autre langue, et ce, en préservation de l’identité géographique, de l’histoire du pays et de sa civilisation.

Ecrire sur les devantures des établissements publics et semi publics, les panneaux de signalisation en graphie amazighe tifinaghe aux côtés de la graphie arabe, permettre l’utilisation de la graphie amazighe sur les devantures privées vu qu’elle a été entérinée officiellement pour l’enseignement de la langue amazighe dans les écoles marocaines, et avec tout ce que cette graphie représente en termes d’authenticité et profondeur historique pour le Maroc et pour l’Afrique du Nord.

Mettre fin au monopole de l’espace public par les deux langues arabe et française ; renoncer de la part de certains politiques à l’aspiration jacobine à imposer une langue unique dans tous les domaines de la vie publique comme langue de l’Etat et de la société marocaine.

 

11/Libérer tous les prisonniers politiques, y compris les étudiants du mouvement culturel amazighe à l’université (Meknès), leur permettre la poursuite de leurs études dans les meilleures conditions, cesser de les persécuter et de limiter leurs activités à l’université, et leur accorder leurs droits d’exprimer leurs opinions en toute liberté.

 

12/ Veiller à la représentativité des acteurs amazighes dans les conseils et les commissions nationaux crées pour l’établissement des plans et des programmes nationaux ou pour la rédaction des référentiels politiques et juridiques, et ce en égalité en nombre avec leurs concitoyens appartenant à l’arabité, leur permettre de participer à élaborer les plans et les conceptions susceptibles de garantir le développement global qui ne peut exclure aucun élément.

Mettre fin au monopole illégale de certaines familles sur les postes diplomatiques, en adoptant le critère de la compétence pour occuper de tels postes influant sur l’image du Maroc à l’étranger et sur ses relations avec les nations du monde.

Nous appelons aussi à mettre fin à la tutelle sur les Amazighes dans le domaine de l’armée, et permettre leur promotion en adéquation avec leurs compétences et leur dévouement au service de leur patrie, et de ne pas accorder aux enfants de certaines familles, à l’exclusion des autres, le droit de promotion au grade supérieur.

 

13/Elaguer le discours officiel de l’Etat marocain de tous les concepts et termes d’exclusion qui classent le Maroc parmi les pays arabes ou « nation arabe », et ce en respect pour les sentiments des citoyens marocains amazighes ; élargir les relations étrangères marocaines et les approfondir avec les pays africains, asiatiques, européens et américains ; éviter de parier sur l’appartenance orientaliste comme unique option civilisationnelle, avec tout ce que cela représente comme perte en intérêts pour le Maroc, comme menace à sa sécurité et à stabilité à cause des idéologies destructrices venues des pays du Golf Arabique et du Moyen Orient.

Dans cette perspective, il importe de réfléchir, à partir du principe de pluralité de l’identité amazighe au Maroc, à quitter la Ligue des Etats Arabes dont tous les efforts ont abouti à l’échec à cause de l’illogisme de ses assises et de ses buts et à cause de la contradiction de ses lois avec les principes des droits de l’homme tels que internationalement convenus.

 

14/Nous invitons les partis politiques marocains à entreprendre une révolution interne pour renouveler leur légitimité en sortant de leur immobilisme idéologique, à mettre fin à l’hésitation dans leur pensée et à leur divagation doctrinaire, et élargir le débat avec leur base dans toutes les régions du Maroc, être à l’écoute de la société, et trancher sur la problématique de l’identité et de l’appartenance marocaines au profit d’une acception démocratique respectant toutes les composantes et à leur tête l’amazighité comme identité, langue et culture. Cesser l’exploitation saisonnière de l’amazighité en périodes électorales, pour s’en défaire après cela dans l’action politique quotidienne.

Appel aux démocrates

 

En conclusion, nous considérons que notre présent appel aux Amazighes libres, est adressé à tous les Marocains qui croient sincèrement en la démocratie.

Notre but est de contribuer à la réussite de la transition pacifique vers l’Etat de droit garantissant les libertés, l’égalité et la justice à tous les citoyens du peuple marocain qui méritent la liberté après tous les énormes sacrifices consentis.

Nous affirmons notre appartenance au mouvement de la rue marocaine et à la dynamique des jeunes animés par l’espoir et par l’aspiration à un lendemain meilleur, notre adhésion à toutes les forces démocratiques dans toutes les revendications politiques qui ne figurent pas dans ce document et qui sont inéluctables pour l’établissement d’un Etat de droit et de ses institutions. Notre participation au débat soulevé par la révision de la constitution est de bonne foi et dans le but de servir notre patrie, elle ne nous dispense nullement de vigilance et de circonspection en cette étape que nous croyons décisive pour le passage vers la consolidation de l’édifice démocratique.                                            

Aussi, si les revendications légitimes contenues dans le présent appel n’étaient pas prises en compte et insérées dans la prochaine constitution, force serait d’appeler, le moment venu, au boycott du prochain référendum attendu et de continuer la lutte pour arracher nos droits, tous nos droits, sans lesquels il ne saurait y avoir de projet démocratique global, effective et réel.

 

Rédacteurs de l’appel


- Mohammed Chafik

- Ahmed Aassid

- Leyla Amezian Benjelloun

- Mohammed Chami

- Meryam Demnati

- Hassan Idbelqacem

- Mohamed Mounib

- Hennou Laraj

- Kamal Saïd

- Abdeslam Khalafi

- Elhoussaïn Jouhadi

- Zayd Ouchna

- Ali Amsoubri

- Mohamed Oudadès

- Mhamed Sallou

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Aitlhou Driss 29/06/2014 18:33

Ni comment ????....

Driss AIT LHOU 19/08/2013 21:27

De la pure démagogie..!! Des visions pan-amazighistes reproduites inconsciemment du panarabisme...Avec tous mes respects pour le sens du militantisme des uns et des autres.. , je trouve qu'il y a là beaucoup de manipulation..des doutes..avec mille et une preuve à l'appui. Voir mon livre : L'amazighité au singulier ou le mythe de la standardisation...