Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par mohand

 

http://i881.photobucket.com/albums/ac14/mob_dz/376962_4006842941221_394388394_n.jpg

(c) Photo El Watan : Marche des gardes communaux Blida Alger 19 Juillet 2012

 

La mobilisation des éléments de la garde communale occupe le devant de l’actualité nationale. L’image, méprisante, de "gardes champêtres",  accolée à ces hommes, fait injure à leur engagement et occulte leurs mérites. Ils ont fait face aux Katibats islamistes, et ont effectué l’essentiel du travail de sécurisation des populations rurales.

 

A ses débuts, en 1992-1993, Le déchainement de la violence islamiste ciblait de façon particulière les anciens membres de l’ALN. Ce choix tactique du terrorisme islamiste visait à lui assurer la suprématie dans les maquis. Les groupes islamistes visaient les moudjahidines, non pas pour récupérer des armes qu’ils n’avaient d’ailleurs pas[1], mais pour neutraliser l’une des capacités de riposte que la société pouvait mobiliser pour leur résister.

 

Face aux assassinats quasi quotidiens certains d’entre eux, dont Hadj Ferguène de Chlef ou Zidane El Mekhfi de la région de Zbarbar, vont exercer des pressions sur leurs  anciens compagnons d’arme en poste au MDN. La menace grandissante, et les difficultés inhérentes à l’asymétrie d’une confrontation corps d’armée / guérilla[2] ; ont fait surgir de la part des anciens combattants une demande simple mais pressante : « Rendez-nous les armes que nous avons déposé à l’indépendance »[3]. Effectivement, des moudjahidines recevront, individuellement ou en petits groupes,  des armes datant des années cinquante[4]. De traqués ils se transforment en traqueurs.

 

 Arme à la main, ils se porteront volontaires[5] pour guider les unités de l’ANP et disputer   aux groupes islamistes le contrôle des maquis . L’islamisme venait d’essuyer un sérieux revers.

 

L’expérience des premiers noyaux s’avère concluante, et l’écho auprès des unités opérationnelles de l’ANP est retentissant ; ce qui transforme l'expérience en dynamique. La démarche s’étend d’abord dans les limites de la famille dite "révolutionnaire", moudjahid, enfants de chouhadas, et anciens éléments des services de sécurités feront la démarche auprès de l’institution militaire. Tous n’auront pas le même engagement aux côtés des unités opérationnelles, mais l’intensité de la confrontation avec l’islamisme va amener  d’autres évolutions qui déborderont ce cadre convenu.

 

En Kabylie la résistance courageuse des villageois d’Igoudjdal  servira d’exemple ; et dans la Mitidja, un patient travail de réseau  entrepris par Mohammed Selami va engager un décisif combat au « corps à corps » avec les groupes du sinistre Antar Zouabri. Dans la presse un débat public est engagé[6] sur les formes et les conditions de la résistance populaire au terrorisme islamiste.  Les sollicitations se font plus nombreuses, et le mouvement prend une ampleur et une orientation à laquelle le pouvoir n'est pas prêt d'acquiescer. De simples citoyens, des syndicalistes, ou des militants démocrates se portent volontaires. La vague monte et il n’est pas sure qu’Alger la considère d’un bon œil. Cette dynamique commençait à prendre des allures de résurgence du RPN de feu Mohammed Boudiaf. Et, sur ce plan le pouvoir ne s’en laisse pas conter !

 

Jusque-là, le suivi des armes et des munitions était dévolu à des services spécialisés de l’ANP, et l’implication des patriotes demeurait volontaire. Le moment était arrivé pour le pouvoir de mettre de l’ordre.

 

Le RND sera mobilisé pour assurer la caporalisation des CVA en les amenant à intégrer  ses rangs[7]. Deux cadres administratifs seront arrêtés pour assurer le contrôle de cette dynamique patriotique. Le premier cadre est celui des Groupes de légitime défense ; destiné à regrouper les citoyens des zones rurales ou péri-urbaines, exclusivement dotés en armes de chasse, ils n’ont aucune implication aux côté des forces de sécurité. Le second cadre est celui de la Garde communale. Les gardes communaux ne différeront des CVA que par le fait qu’ils ne sont pas considérés comme des volontaires; ils seront soumis à un engagement contractuel et astreint à une vie en cantonnement sous le commandement et le contrôle de la gendarmerie. Les effectifs des CVA seront peu à peu réduits soit par intégration à la garde communale soit par récupération de leur armement initial et leur intégration à des GLD. Ouf, le pouvoir a encore une fois eu chaud…. Il a subi la dynamique de résistance de la société au terrorisme islamiste, en a eu une gestion empirique mais,  il s’en sera assuré le contrôle à temps et, au bout du compte, réussi à éviter que le mouvement ne le déborde. C’est aussi ce qu’il fera avec la subversion islamiste en concluant les accords secrets AIS-DRS, qui paraissent être bien plus opérationnels et plus pérennes que la constitution de la république.

 

Le problème est que l’engagement de ces hommes qui ont combattu pour la vie, et qui ont défendu la vie, est un engagement patriotique ! Au-delà des doléances matérielles qu’ils peuvent avoir, obtenir la reconnaissance de la nation reste ce qui leur tient le plus à cœur[8].  Mais comment le pouvoir pourra-t-il reconnaître l’utilité historique de l’engagement des patriotes armés (CVA, GLD gardes communaux et rappelés du Service national) alors qu’il fait de la réhabilitation des islamistes une condition de sa survie?

 

Encore une question qui met à nu ce pouvoir.



[1] Dès lors que l’Dès lors que l’ANP a accédée à leurs demandes d’attributions d’armes, les moudjahidines ont cessé d’être des cibles faciles, et leurs assassinats ont chutés de façon spectaculaire.

[2] Lourdeur pénalisante de l’un et extrême mobilité de l’autre

[3] Voir l’interview de Hadj Ferguène au soir d’Algérie en 1994.

[4] Mass 36, MAT 45 ou PM waffen , carabine US

[5] Administrativement ils recevront la dénomination de citoyens volontaires armés (CVA), trop rude pour être usité sur le terrain où ils seront connu sou la désignation de Patriotes.

[6] Notamment au travers d’un échange entre Said Saadi (RCD) et El Hachemi Chrif (Ettahadi-Tafat).

[7] Un article 120 qui ne dit pas son nom ; le cas de Houch Graud et Boufarik sont éloquants.

Commenter cet article

Kouidri 20/07/2012 14:26


 Si l'A.N.P pour différentes raisons ne pouvait défiler pour le 50em anniversaire de l'indépendance, les patriotes auraient du avoir cet honneur.(un rêve) Le statut de patriotes leur sera
officialisé un jour, forcément. Il me semble qu'il faut rappelr l'aide du RCD aux patriotes d'Agoudjal et celle de Ettahadi à celui de Haouch Gros pour compléter cet excellent article.