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Publié par mohand

 

 

Novembre est tout à la fois, un repère, un ancrage et un enjeu. S’il constitue un référent commun à tous les Algériens, force est de constater qu’ils n’en ont pas, tous, la même compréhension. Composante essentielle de l’identité nationale, sa patrimonialisation par les nationalistes et son noyautage par les islamiste le fragilisent, et le dénaturent.

 

Novembre a été le moment de rupture qui a permis à l’Algérie de partir à la conquête de son indépendance. Une rupture d'avec une classe politique nationale en décrépitude ; des partis et des élites politiques en proie à une profonde crise. La pertinence de ce moment a été attestée par l’Histoire. Le 5 juillet 1962, l’Algérie accédait à la souveraineté. Dès lors, il n’y a plus lieu de s’interroger sur sa pertinence et sa légitimité pour ce qui concerne la question de l’indépendance. Mais, Novembre est aussi un moment fondateur, un moment qui devait préfigurer les choix et les options qui allaient présider à l’Algérie indépendante. Sous cet angle-là, non seulement il faudrait l'interroger, mais c’est un devoir que de le faire.

 

Novembre s’est substitué à une classe politique déliquescente  et décrédibilisée. Il l’a fait non pas par une critique qui aurait fondé son dépassement, mais par la négation. Novembre n’a pas apporté une réponse à la crise du mouvement national. Il l’a contourné par un surcroit d’activisme. L’initiative à l’origine de novembre dit elle-même les contours de ses conceptions. La dénomination de « Comité révolutionnaire d'unité et d'action » est suffisamment parlante.

 

Unité et Action.

 

L’Unité ne s’entendait pas uniquement pour les courants du MTLD, en proie à des luttes intestines. Elle visait au-delà d'eux, et entendait gommer les différences entre les composantes du mouvement national.  Elle est l’affirmation du rejet du pluralisme qu’elle assimilait à la division. Ainsi naquit l’un des fondements de l’unicité à venir. Il fallait que les militants algériens soient unis et cessent d’être divisés en partis! Leur pluralité contrariait l’impérative unité nécessaire à l’action.


Agir ne pouvait plus s’entendre au sens de l’action politique de conscientisation, de formation et d’organisation qui depuis les années 20 a formé des générations de militants au combat national. Désormais c’était l’activisme qui était posé en substitue à cette action politique.

 

En l’an II de la guerre de libération, ces travers feront l’objet d’une tentative de correction dans les assises nationales de la Soummam, avec un succès tout aussi relatif qu’éphémère. Deux égalités s’étaient profondément incrustées dans le patriotisme algérien : pluralisme = division, politique = inaction.

 

A l’issue de la guerre, elles se sont concrétisées dans la primauté du centralisme (GPRA & armée des frontières) sur l’initiative (OCFLN et Wilayas) ; et dans la primauté de l’Activisme (le militaire à l’intérieur et aux frontières) sur le politique. Si incontestablement Novembre a fédéré les Algériens dans le combat pour l’indépendance, il n’aura pas anticipé sur les exigences et les attentes de l’Algérie naissante. Il aura fait le lit d’un système qui semble condamné à reproduire l’échec.

 

Novembre a dégénéré en un système autoritaire

 

Les contours du système post indépendance allaient épouser ceux de la réponse de Novembre à la crise du mouvement national. En découle un système qui ne pouvait échapper à l’autoritarisme. Mis face à  l’authenticité algérienne, culturellement plurielle, et séculairement démocratique, ce système ne pouvait tenir qu’en mobilisant une idéologie exclusiviste.

 

En plus de l’autoritarisme et de l’activisme, Novembre s’est drapé de l’arabisme, déjà présent dans le mouvement national. En bout de parcours, cette idéologie l’aura défiguré en un assimilationnisme  arabiste tout aussi violent et négateur de la nation algérienne que son prédécesseur francisant. Deux déviations en apparence antagonistes, la première une automutilation mortifère, et la seconde l’expression d’une aliénation au colonisateur, qui se rejoignent dans la négation de l’Algérianité. Une aliénation en vaut l’autre.

 

Cette dérive assimilationnisme explique le caractère antipopulaire du régime algérien.  Elle a accentué les travers initiaux de Novembre et l’a fait dégénérer en un système qui ne vit plus que pour lui-même, avec l’illusion qu’il peut vivre uniquement par lui-même. Le sort de la constituante algérienne n’est pas pour démentir ce constat.

 

Pourtant face au péril théocratique islamiste, Novembre s’est révélé un puissant ressort pour la résistance populaire. Sur la question de l’existence de l’État nationale, malgré les vicissitudes et les errements, Novembre a gardé une légitimité et une pertinence que lui-même ne semblait pas soupçonner – il faut ici se remémorer les positions du Fln et d’une grande partie de la famille dite « révolutionnaire » -.  En se réappropriant momentanément ce symbole, les Algériens y ont trouvé une force et une énergie,  incommensurables. L’élan de résistance à l’islamisme aura été un moment semblable à celui initié par le congrès de la Soummam.  Novembre paraissait débarrassé de se travers. Mais cela n’a duré qu’un temps, Il a fini par se reposer comme un rempart devant toute prétention à une reconnaissance historique de la résistance patriotique à l’islamisme. Comme si l’histoire était écrite une bonne fois pour toutes en 1954, et que le peuple ne pouvait réaliser plus rien de significatif. La fin de l’histoire avant Fukuyama.

 

De cet épisode, le bloc du conservatisme et de l’islamisme a bien saisi l’importance et la force de Novembre. Il s’est rendu compte que c’est sur ce déterminant identitaire que son entreprise a échoué. Alors il entreprend de la casser.

 

Le salafisme tente d’usurper une légitimité.

 

Le salafisme dépourvu de tout ancrage dans le mouvement national promeut une vision révisionniste de l’épopée algérienne de résistance et de combat pour la libération. Ce courant obscurantiste, introduit en Algérie à la faveur de l’éloignement des salafistes égyptiens, s’est toujours attelé à délégitimer la ligne culturaliste des Oulemas algériens. Ces derniers s’étaient eux-mêmes, auparavant,  singularisés par leur combat contre l’islam soufi, ce creuset des premières résistances à la colonisation française. Successivement chacun des deux courants de l’islam politique aura été  le négateur d’un autre islam. Il y a donc, il faut en convenir, une difficulté, sinon une impossibilité, à établir une filiation entre chacun de ces courants. Or c’est par l’appropriation de l’esprit de résistance de l’islam soufi, et l’exagération du rôle des oulémas que l’islam politique tente de se donner une légitimité dans le mouvement national.  

 

La vision en vogue de « l’islamité » du combat national algérien aura du mal à survivre à un examen historique. D’abord il lui faudrait oublier toute critique de l’islam traditionnel – « œuvre » essentielle des oulémas -   pour pouvoir en revendiquer l’esprit de résistance et l’ancrage populaire. Ensuite, Il faudrait faire l’impasse sur les longues périodes assimilationnistes de l’association des oulémas, et taire sa position secondaire dans la radicalisation du combat national. Et, enfin, il faudrait gommer la nature ouvrière engagée des premiers promoteurs du combat national. Ce qui fait beaucoup de choses à réviser.

La démarche révisionniste des salafistes est une double usurpation. Elle voudrait créer une filiation entre l’islam politique d’aujourd’hui, l’association des oulémas d’un côté, et l’islam populaire des Tariquas et Zaouïas d’un autre. La tâche relève de l’impossible même à n’avoir qu’une vision superficielle de l’Histoire. Une vision faite de slogans, de clichés et de raccourcis. Les salafistes sont rejoints dans cette tentative par certains courants oulémistes intéressés par ce révisionnisme pour gommer le passé de suiviste et jamais d’initiateur que leur association a eu dans un combat qu’elle n’a jamais incarné dans sa radicalité.

 

Cette vision revisité de notre histoire est véhiculée par l’école et les mass-médias algériens, c’est dire l’étendue de l’entreprise.

 

Pluralisme et démocratie clef du renouveau.

 

Si Novembre est le déterminant dans le combat pour l’indépendance, sa place dans la marche vers la libération n’a pas eu la même importance. Il faudrait aujourd’hui dépasser ses limites et se libérer de ses pesanteurs. Il nous faut valoriser les pluralismes multiples de notre société, réhabiliter le politique, faire une place entière à l’intelligence et à la libre pensée.  

Pour hisser ce référent identitaire essentiel à la place qui lui revient, il faut le soustraire aux jeux politiques. Le sigle historique du Front de Libération doit être rendu au patrimoine commun des Algériens. Et plus que tout il faut revenir à notre Histoire, la lire, l’étudier, et l’enseigner telle s’est réellement faite.

 

M. Bakir

 

Le 28 octobre 2011

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