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Publié par mohand

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Très souvent, la difficulté qu’il y a à répondre à une question tient à la façon de la poser. Apporter une réponse à une problématique tronquée relève du miracle. Le « débat Yennayer » suscité par la chronique d’Arezki Metref en est l’illustration. De quoi s’agit-il ? De la place et du sort contemporains, au sein des Etats, du substrat culturel amazigh commun aux populations d’Afrique du Nord ? Des tentatives de le gommer et de le diluer ? Des limites et des errements identitaires qui corrèlent les différentes perceptions identitaires nationales ?  Un peu de tous cela en vérité.


Fond historique Amazigh et multiples apports;

 

Le fond culturel amazigh pose bien moins problème sur le plan historique que sur le plan contemporain. Nous savons qu’historiquement, sur la terre Nord-Africaine, de nombreuses langues, de nombreux cultes, de multiples civilisations se sont côtoyées. La décadence des uns ouvrait la voie à l’apogée des autres ; les cultes des nouveaux puissants se substituaient à ceux des perdants, les villes ou comptoirs des arrivants supplantaient ceux des partants. Mais cette terre n’était pas vide de vie, ses populations tout en étant le réceptacle des apports charriés d’Asie, d’Europe, de la péninsule arabique ou d’Afrique noir, perpétaient leur(s) propre(s) culture(s), leur(s) propre(s) langue(s). Elles ont aussi marqué de leurs empreintes d’autres espaces, d’autres cultures. Ces populations, Imazighen, se sont enrichies culturellement par divers emprunts. C'est là un cheminement millénaire, fait de la persistance du fond culturel commun et de l’apparition de différentiations multiples qui ont abouties à la diversité et la richesse actuelles. Tout cela est restituable dans le temps et dans l’espace.

 

Pourtant, les tensions qui transparaissent dans les échanges ne sont pas artificielles. Loin de là, elles témoignent de l’existence de perceptions identitaires antagoniques. Dans leurs essentialismes, elles partent de postulats exclusifs et aboutissent à des hiérarchisations inverses. D’un côté, la culture et les langues autochtones, tout ce qui a trait au fait Amazigh, sont proclamés d’une légitimité supérieure en cette terre Nord-Africaine. A l’opposé, la religieuse est convoquée à la rescousse de la langue arabe et de la culture islamique qui, en conséquence, doivent avoir un ascendant incontestable sur tout ce qui pourrait s’y greffer. Les difficultés de notre mouvement national à aborder la question identitaire de façon rationnelle, apaisée ne sont pas étrangères à ces formulations exclusives, où l’autre n’est que toléré.

 

La déviance du mouvement national

 

Abordée sous l’influence pan-arabiste naissante (Chekib Areslan, Azam pacha,…) la question identitaire va être fortement idéologisée. Il en résultera une formulation « poly mutilée ». Une formulation mythologique qui se rapporte à une Algérie ahistorique.  Le premier souci de ses auteurs était d’affirmer une Algérie préexistante, en tant que telle, à la conquête coloniale. Ce qui n’est corroborée ni par la nature de la régence ottomane d’Alger, ni par les caractéristiques des différentes résistances à la conquête française. Qu’importe, la fin justifie le moyen, à ce point que le mouvement national algérien ignorera jusqu’aux conditions de sa propre cristallisation.  

 

En parlant de L'Algérie, nous parlons de quoi ? Nous parlons bien d’un Etat-Nation, d’une entité moderne dont les caractéristiques essentielles ont été fixées par la colonisation Française. Cette colonisation, en plus d’avoir unifié un territoire[1] a cassé les structures communautaires traditionnelles et jeté les individus sur le marché capitaliste. Par son caractère ségrégationniste, la colonisation a aussi déterminé le contenu démocratique et social de la construction nationale algérienne. La naissance de l’Algérie moderne, au-delà de l’appropriation d’un territoire, est un processus de libération sociale. Elle a été une lutte pour l’indépendance et reste encore un combat pour la libération.

 

Si les attributs de l’indépendance étaient accessibles à l’entendement de tous, ceux de la libération, en plus d’être d’une autre complexité, étaient brouillés par des raccourcis et les approximations idéologiques. Les formules pompeuses et trompeuses de « réappropriation de l’identité » et de « recouvrement de l’indépendance » nationales plutôt que de consolider la nation naissante allaient rapidement fragiliser son socle. Ce sont ces formulations hasardeuses qui sont à la base des affrontements actuels.

 

Mauvaise réponse

 

Un temps, l’arabo-islamisme a donné l’impression d’être une négation radicale du colonialisme. Mais, plus il se posait comme une négation du substrat amazigh de notre culture nationale plus il se dévoilait comme une substitution à la négation coloniale. Son apparence de « nationalisme radical » cache de moins en moins sa nature d’un assimilationniste réactionnaire. Nous voyons bien aujourd’hui que le panarabisme a échoué dans toutes ses utopies unionistes. Par contre, le projet d’anéantissement des nations issues des mouvements de libération est repris à son compte par le panislamisme ascendant. Celui-là entend les réduire en province d’un néo-khalifa par la combinaison du djihadisme et du noyautage des Etats. Projet soutenu par les financements arabiques.

 

Contrairement à la taxation de séparatisme et de régionalisme, la reconnaissance du substrat Amazigh des cultures nationales Nord-africaines est la meilleure promesse d’union de ces peuples et de ces Nations. Ce substrat se retrouve à trois niveau, celui des territoires (Kabylie, Rif, m’zab, Neffoussa, Djerba, Siwa,…), celui des Nations (Algérie, Libye, Maroc, Mali,…) et enfin au niveau régional (Afrique du nord – Sahara et Sahel). Il se trouve pourtant des esprits « éclairés » pour passer à côté de cette donnée fondamentale de la géopolitique de l’Afrique du Nord et de sa profondeur Saharienne. Ce fond commun, par sa diversité est à l’origine d’une grande richesse au niveau des territoires, et pas ses éléments d’unité un puissant facteur d’intégration régionale.

 

Ouvrir le champ de la diversité

 

Le triptyque identitaire est une pseudo-réponse apportée, en Algérie, à la revendication « Amazigh » qui plonge ses racines jusqu’au courant historique algérianiste[2]. Elle a fait impression durant les années 1990, mais aujourd’hui, nous voyons bien qu’elle n’a rien réglé. La sédimentation culturelle, linguistique,… sur le territoire "Algérie", va au-delà de ce que peut recouvrir ce triptyque « arabité, islamité, amazighité ». Une formule qui ne rend compte ni de la diversité, ni des intrications de ces composantes. Elle exclue d’emblée d’autres éléments : christianité, méditerranée, judaïté, Saharanaité, francité,…,modernité, etc...  Soyons sérieux, notre identité ne peut pas être une concaténation d’éléments disparates. Il y a donc lieu de chercher à saisir ce qu’elle a de plus pérenne.

 

L’Algérianité se singularise par son processus d’émergence. Formidable épopée pour l’appropriation d’un territoire, et pour la conquête des droits et libertés que la ségrégation coloniales réservait à une caste dominante, dont la logique génocidaire n’épargnait ni le passé, ni le présent de populations en devenir. L'émergence de l'Algérianité, tout en couvrant la longue période de maturation de l’idée nationale, peut porter le nom de « Novembre » et ouvrir sur l'épanouissement de notre identité dans son extraordinaire richesse.



[1] Les Etats africains parlent bien de leurs frontières comme d’un héritage colonial.

[2] Courant qui s’est cristallisé au sein PPA-MTLD, aux lendemains de la seconde guerre mondiale, qui avait été taxé de « berbériste », de sorte à mobiliser contre lui le ressentiment accumulé dans les milieux nationalistes à la suite de l’ « affaire du Dhahir berbère » au Maroc.  

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