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Publié par mohand

 


 

 

 

 

Au détour de faits divers, d’articles de presse ou d’expression d’acteurs de l’espace public, nombreuses sont les manifestations de violences qui banalement ne saisissent plus grand monde. L’Algérien a perdu l’habitude de s’y arrêter. Qu’elle soit criarde ou peu évidente  la violence s’est banalisée. Elle est devenue un élément du quotidien. Un élément de notre normalité. J’essaierais d’illustrer mon propos en m’arrêtant sur quelques informations parues dans la presse. Des informations sans liens entre-elles ; mais toutes parlantes de cette accommodement à la violence ambiante.

L’islam politique capitalise la violence terroriste.

Arrêtons-nous  d’abord sur les attaques au RPG7 perpétrées dans la région de Jijel. Au-delà du fait que  l’introduction de ces armes est annonciatrice d’un nouvel épisode ascensionnel du terrorisme islamiste, cette information apporte une confirmation aux craintes exprimées par nos officiels au début de la crise Libyenne. Le risque était donc réel et il pèserait, selon de nombreuses sources diplomatiques, sur l’aviation civile dans la région. Entre 5000 et 10 000 missiles SAM7 seraient dans la nature. S’il est incontestable qu’Alger a vu venir ce danger, l’a-t-elle pour autant anticipé et  intégré dans les éléments d’élaboration de la position et de l’attitude à avoir sur la crise Libyenne. Manifestement non. Alger a laissé se réaliser ce scénario catastrophe. Qu’importe si les « résidus » terroristes se trouvent aujourd’hui en mesure d’abattre des avions.  Les batailles qu’on refuse de mener sont perdue d’avance.

L’islamisme armé s’est, compte à lui, montré plus réactif. Il a saisi la crise Libyenne pour acquérir une plus grande puissance de frappe, et décupler sa capacité de pression sur un pouvoir englué dans les multiples concessions faites à l’islam politique. Dans le traitement de la question du terrorisme  il ne faut jamais oublier que ce n’est jamais  le bras armé qui capitalise les acquis de son action, mais que cette action est développée au service de  l’aile politique de la nébuleuse islamiste qui en  cueille les fruits.  C’est cette vérité élémentaire qui fait l’importance de  la condamnation et de la dé-légitimation de l’idéologie totalitaire et djihadistes. Or, la ligne concordiste du pouvoir fait l’impasse sur cette question et piège les institutions nationales dans une surenchère de concessions à l’islamisme, sans que celui-ci n’aie exprimé la moindre repentance sur la guerre dévastatrice qu’il a déclenché contre le peuple algérien et son Etat. Parler ainsi aujourd’hui passe pour une volonté de relancer la « confrontation » ; mais comment ne pas en parler ainsi alors que l’islamisme ne regrette rien de ses œuvres et repart à la conquête du pouvoir dans cette voie ?

La bureaucratie rentière confisque la souveraineté populaire

Le pouvoir apparaît aujourd’hui comme le fruit d’une noce de raison entre nationalistes décriés et islamistes conquérants. Un pouvoir qui, dans une posture de défiance à l’égard du peuple, est seulement obnubilé par la consolidation de sa mainmise sur l’Etat largement. Une patrimonialisation assise sur l’infantilisation du peuple et la confiscation des institutions. Il ne s’en cache même plus. Arrêtons-nous sur l’initiative lancée en direction des députés par  l’un des membres du triumvirat islamo-nationaliste : Le pouvoir politique vous a permis de mener votre mandat à terme pour vous éprouver, leur lance-t-il en substance, avant de leur souligner l’exigence d’une adoption rapide et correcte des « réformes politiques ». On ne badine pas avec le devoir de reconnaissance à l’égard du bienfaiteur !  En clair le « pouvoir politique » a fait preuve d’une grande  mansuétude à l’égard des députés en ne les sacrifiant pas lors de la tension du premier semestre de cette année !! Il les a préservés en récusant toute possibilité de changement du système par l’ouverture d’une transition démocratique négociée entre toutes les forces nationales. En juste retour des choses, il n’est attendu de cette « représentation nationale » d’autres comportements que celui lui impose sa  réalité profonde  de clientèles cooptées et grassement rémunérées. Rien que nous ne savions déjà. Mais étalé dans une adresse publique aux députés, cela devrait tout de même choquer !!

Les luttes d’appareils parasitent la prise de conscience.

Personne  ne s’offusque de faits encore plus graves. L’appel à la « révolution » pour le 17 Septembre, émanerait d’une officine établie à la Présidence de la République. Sous tous les cieux du monde (où la publication d’une telle information est possible et a du sens) elle  aurait alimenté un débat public ample, vif et certainement passionné. Elle aurait mis en branle mass-médias, classe politique et appareils judiciaires. Mais, pas en Algérie. Chez nous, il faut dire que même le journal qui en a eu la primeur et qui l’a rapporté, ne s’y est pas trop attardé. Il s’est contenté de la  publier !

Ni commentaire, ni édito, ni … rien. Après tout peut être bien que l’important est ailleurs ?! La lecture que font les milieux politico-médiatiques algériens  de cette « bombe », car s’en est une, répond à une grille de lecture basée sur du  non-dit. Une grille de lecture lénifiante qui ne permet d’appréhender ce type de soubresauts de la vie publique  qu’en tant  qu’échos de sourdes luttes de pouvoir. Des passes d’armes entre les différents clans dans la pénombre des salons algérois.  Selon cette grille de lecture le « Scoop » d’El-watan, menacé dans l’intégrité de son patrimoine, est à prendre comme un coup de semence en direction d’un nid belliqueux  établi à la Présidence de la République. Et si cette « révolution du 17 Septembre » avait mis en ébullition nos rues ? Combien  auraient été les familles qui pleureraient en ce moment leurs proches.

La peur du chaos.

Si le peuple « reporte à plus tard » sa révolte de crainte qu’elle ne dégénère en massacres. Nombreuses  sont, au sein du pouvoir, les âmes charitables et bien pensantes qui ne cessent de nous rappeler les souffrances endurées depuis 1992, et nous déconseille de poser les problèmes de changement de système dans la rue.  Pourtant tous les espaces d’expression sont ou fermés ou confisqués. Les citoyens se trouvent acculés à des formes violentes de manifestation pour exposer leurs problèmes. En témoignent les milliers de jacqueries décomptées annuellement.

Devant la fermeture des voies de recourt, la violence apparait comme un moyen efficace de se faire entendre. Une violence présente dans les mouvements sociaux, les émeutes  quotidiennes, les barricades sur les voies publiques, les lynchages de couples, et les décentes moralisatrices de la nouvelle inquisition islamiste..

Cette violence s’étend à tous les milieux. Le quotidien d’Oran rapporte décente punitive dont a été victimes l’encadrement du Lycée Souiah El Houari où des lycéens armés de poignards et de chaines ont voulu corriger les enseignants qui les ont orienté hors de la vie scolaire. Une situation qui a tourné, par la suite,  au drame. L’un des jeunes Lycéen, fils d’un éboueur de la ville a tenté de s’immoler ! Un autre Lycéen de Sidi-Bel-Abes, en a fait autant. Des informations dramatiques qui ne sortent pas de la rubrique faits divers. Les horizons bouchés mènent la jeunesse algérienne à se tuer par noyade ou immolation.

 

La violence nous est-elle inhérente.

 

Pourquoi la violence est à ce point présente dans notre actualité, dans notre quotidien ? Serait-elle inhérente à notre culture ? Devrions nous l’admettre et faire avec, sans chercher à saisir sa place dans notre société ? Ces questions m’ont amené à une très intéressante lecture : Anthropologie de la violence de  Youssef Nacib, qui me semble une bonne base pour débattre de la question de la violence dans notre société.

 

A lire Antropologie  de la violence

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