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Publié par mohand

BENJAMIN STORA. Historien

«François Hollande relance une relation qui était bloquée» 

Propos recueillis par Nadjia Bouzeghrane.


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Benjamin Stora n'est plus besoin d'être présenté. Ses travaux depuis 35 ans sur l'histoire coloniale de l'Algérie et de l'immigration algérienne en France font référence. Ses dernières publications ont pour titres «Voyages en postcolonies - Vietnam, Algérie, Maroc» (éditions Stock, 2012) et Algériens en France. 1954-1962 : la guerre, l'exil, la vie» (Editions Autrement Cité nationale de l'histoire de l'immigration), catalogue dirigé avec Linda Amiri, de l'exposition «Vies d'exil» à la CNHI (jusqu'au 13 mai 2013).


La relation algéro-française bute inexorablement sur la question du passé colonial de la France en Algérie et sur sa reconnaissance. Comment dépasser, voire surmonter cet écueil ? 

 

La montée en puissance de la revendication mémorielle, du côté algérien, est récente. La signature d’un traité d’amitié entre l’Algérie et la France était envisagée au moment de l’année de l’Algérie en France et puis cela a capoté en 2005,    lors du vote par l’Assemblée nationale française de l’article 4 de la loi portant sur les «bienfaits de la colonisation» en Algérie. Le ton est alors monté et la question du passé colonial est devenue véritablement un enjeu politique entre les deux pays. Des difficultés ont surgi, avec une aggravation des rapports bilatéraux, notamment après l’élection en 2007 de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat français avec des conseillers politiques comme Patrick Buisson, très proche des milieux de l’Algérie française, ou un ministre comme Gérard Longuet, qui a été pendant cinq ans ministre de la Défense et des Anciens combattants. C’est dire à quel point les relations entre l’Algérie et la France pouvaient être en mauvais état. Avec l’élection de François Hollande, c’est une reprise des relations bilatérales sur une autre base qui s’amorce. François Hollande, avant son élection, s’est rendu par deux fois en Algérie ; une première fois, comme Premier secrétaire du parti socialiste, en 2006,    où il avait condamné le passé colonial de la France; une deuxième fois comme    candidat du parti socialiste à l’élection présidentielle en 2010, visite au cours de laquelle il avait rendu visite à l’ancien président Ahmed Ben Bella. On peut estimer que François Hollande a    un autre rapport à l’Algérie, celui de condamner le temps    colonial pour essayer d’avancer vraiment. C’est une nécessité, car il considère que l’Algérie est un acteur-clé sur le plan politique. Il n’a pas la mémoire bloquée sur des combats menés par une certaine droite française, dont l’horloge s’est arrêtée en 1962.


Est-ce que François Hollande n’est pas, malgré tout, entravé par les tenants nostalgiques de «l’Algérie française» ? 

 

Dans les groupes de mémoire de l’Algérie en France, il y a des associations de pieds-noirs, de harkis... Il y a aussi un groupe dont on ne parle pas beaucoup et qui est très puissant, c’est l’institution militaire. Il ne faut pas oublier que près de deux millions de soldats français sont allés en Algérie, c’est le plus grand groupe porteur de mémoire de la guerre d’Algérie.

 

Sont-ils divisés sur cette mémoire ? 

 

Ils sont divisés, bien sûr, mais à l’intérieur de ce grand groupe, une partie de gens restent attachés au nationalisme français qui s’est bâti au temps de l’Empire colonial, et pas sur les principes républicains portés par la Révolution française. Un chef de l’Etat s’attache à reconnaître un passé douloureux, mais aussi veille à rassembler une nation, à ne pas entretenir des fractures.

 

C’est ce qui explique que concernant le 17 octobre 1961, François Hollande ait parlé de «faits» et non de crime d’Etat, comme le réclament les associations qui militent pour cette reconnaissance ? 

 

L’étape d’aujourd’hui c’est celle de faire avancer dans la reconnaissance toute la société française, toutes tendances et tous courants confondus, et pas seulement une fraction déjà convaincue sur les méfaits du colonialisme. Ce qui est compliqué, car il faut, à mon sens, mener cette bataille sur des points très précis, avancer pas à pas. En tout cas, c’est la bataille que je mène depuis trente ans. J’ai en effet écrit La gangrène et l'oubli en 1991, mais je reste patient. A l’époque, ce livre sur les combats de mémoire avait suscité des réserves chez certains historiens algériens qui expliquaient que «la mémoire n’est pas l'histoire.».

 

Mais ne serait-il pas plus simple de reconnaître ce passé une fois pour toutes que de le faire par morceaux ? Est-ce qu’une déclaration officielle à l’exemple du préambule des Accords de Nouméa de 1998 sur l’indépendance de la Nouvelle Calédonie ne pourrait-elle pas être prise concernant l’Algérie ? (Ce préambule soulignait que la colonisation a été une domination étrangère imposée aux populations autochtones, qu’elle a été destructrice des sociétés et des cultures). 

 

Pourquoi pas ? C’est un débat. Je suis partisan des deux options. Je suis à la fois «réformiste» dans le sens de la reconnaissance de faits, des exactions précises qui ont eu lieu. Il y a une autre démarche, celle de la condamnation globale du système colonial.

 

C’est ce qu’attendent les Algériens. 

 

Il est évident qu’il y a un problème de rapport à l’histoire, de temporalité historique qui est très différent entre les Français et les Algériens. Les Français regardent cette histoire par la fin, c’est-à-dire par la guerre d’Algérie, alors que les Algériens, à juste titre, regardent cette histoire par ses origines. Ils considèrent que s’il y a eu une guerre d’indépendance et une violence terrible, c’est qu’aux origines il y avait la colonisation appuyée sur une longue conquête - 1832 à 1871, même plus -. Cette conquête est passée par des exactions multiples, ponctuée de résistances. J’aurais tendance à considérer que la question de la longue durée est centrale, mais en France on considère que ce qui compte dans les représentations médiatiques, visuelles, cinématographiques, c’est la fin. Sans comprendre ce qui a été à l’origine, la question coloniale. Le travail qu’ont mené des historiens, comme Pierre Vidal-Naquet, Charles-André Julien, Jacques Berque ou Charles-Robert Ageron et d’autres aujourd’hui, c’est de réinscrire cette séquence particulière dans la longue durée. La guerre d’Algérie c’est d’abord un verrou qu’il a fallu lever, mener bataille pour la nommer. Une fois levé le verrou mémoriel sur la guerre, tout le monde se rend compte que derrière la question de la guerre, le problème c’est la colonisation.

 

Et derrière la question coloniale algérienne, il y a toute la colonisation. Il y a une exemplarité du modèle algérien sur la question coloniale. C’est un débat qui est très difficile, très complexe, qu’il faut mener pas à pas. On a pris un tel retard de mémoire depuis cinquante que, par exemple faire une exposition sur la vie des immigrés algériens dans un établissement public national (Vies d’exil 1954 - 1962, sous la direction de Benjamin Stora et Linda Amiri à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, ndlr), constitue un pas en avant considérable pour faire connaître, transmettre aux jeunes générations. J’essaie d’accompagner les deux processus. Il existe un troisième processus, algérien celui-là, parce que s’il y a une bataille française que des gens comme moi peuvent mener pour la reconnaissance de ce qu’ont été les exactions commises, il faut que cette bataille soit aussi adossée à un travail de mémoire algérien sur la nécessaire question de l’indépendance, bien entendu, mais qui touche au nationalisme algérien, à sa pluralité. Elle porte sur le recueil des témoignages d’acteurs de toutes tendances et l’ouverture des archives en Algérie, par exemple celles du GPRA. C’est une même bataille, démocratique, citoyenne, pour l’élucidation de la vérité.

 

Un processus qui a commencé en Algérie. 

 

Oui. J’ai lu un article dans un magazine français intitulé «Une commémoration fantôme» (Cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie). Ce n’est pas exact. Dix documentaires ont été diffusés à la Télévision française, 200 ouvrages publiés en France, deux expositions dans des musées nationaux. Et en Algérie aussi.

En l’espace de deux, trois ans seulement, près de 100 livres ont été publiés en Algérie, de témoignages d’acteurs, d’autobiographies. Chaque fois que je reviens d’Algérie, ma valise est pleine d’ouvrages qui ne sont pas en vente, la plupart, en France. J’ai été invité en 2012, en Algérie, à quatre colloques (mais je n’ai pas pu m’y rendre à tous) : à Sétif en mai, en juillet dans la vallée de la Soummam, à Timimoun, sur la bataille du désert (qui se tiendra prochainement), un colloque en décembre consacré à Ageron. Même du point de vue de la presse algérienne, la production a été considérable. El Watan a publié un numéro extraordinaire de témoignages, c’est le cas aussi d’autres journaux. La faiblesse algérienne dans le processus de la commémoration se voit surtout dans le domaine audiovisuel (fictions ou documentaires). C’est vrai, mais pour ce qui est de l’écrit, des colloques, des publications d’articles ou d’ouvrages, il y a une avancée. Bien sûr, tout cela est imparfait, mais on a avancé quand même de part et d’autre de la Méditerranée. Ce n’est pas fini.

 

Vous avez été reçu récemment par le président François Hollande. Pour rappel, vous étiez à ses côtés le 17 octobre 2011 sur le pont de Clichy. Dans quelle disposition d’esprit est-il ? Comment perçoit-il cette relation franco-algérienne par rapport au passé commun? On a le sentiment qu’il avance avec beaucoup de prudence.

 

François Hollande redémarre une relation qui a été gelée sous “ Nicolas Sarkozy, parce que sous 2 la présidence de Jacques Chirac, cela fonctionnait mieux. J. Chirac a ainsi fait reconnaître par son ambassadeur, Hubert Colin de Verdière, le massacre de Sétif en 2005. Il a essayé d’aller jusqu’au traité d’amitié en 2003, et l’année de l’Algérie en 2003 a été un succès. La relation franco-algérienne reprend. L’essentiel, c’est que le président Hollande avance. Et quand je dis qu’il avance, cela veut dire qu’il considère ce voyage non pas comme un simple voyage économique, pour une signature de contrats avec de grands patrons dont certains seront dans la délégation officielle. Ce voyage sera éminemment politique et symbolique par le discours que François Hollande prononcera, par les lieux qu’il traversera, les personnes qu’il rencontrera.

 

Un cadre nouveau sera présenté, mais on ne peut pas occulter le fait que derrière les questions essentielles de mémoire il y a aussi les questions économiques, de coopération de défense, d’immigration, de visas, des questions touchant à la diaspora algérienne en France, de la présence française en Algérie pour les entrepreneurs français et des visas aux Français désirant se rendre en Algérie. Il faut aussi que l’Algérie réfléchisse à une volonté d’ouverture, de circulation, des investissements. Il y aura des discussions sur tous ces aspects. Il y a une telle présence algérienne en France que de toute manière ce sont des relations inévitables et continuelles. Il n’y a pas d’équivalent de ce rapport physique avec d’autres pays, y compris avec les Marocains qui sont très nombreux en France. L’immigration algérienne en France est très ancienne, elle remonte aux années 1920.

 

En termes de présence actuelle et de descendance, les Français d’origine algérienne sont très nombreux (plus de trois millions). Et cela représente aussi un défi pour la société française en termes d’enseignement, de culture, de formation. Comment faire aussi pour que cette population soit un atout dans les échanges économiques, culturels ? Cette question est importante pour les deux sociétés.    

N.    B. 

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«Une déclaration du président Hollande serait du plus grand intérêt pour la relation franco-algérienne» 

Propos recueillis par Nadjia Bouzeghrane


Alain Ruscio, historien du colonialisme, chercheur indépendant, a consacré l'essentiel de son travail, dans un premier temps, à l'Indochine coloniale. Il dirige un Centre d'information et de documentation (CID) sur le Vietnam contemporain. Depuis quelques années, Alain Ruscio a diversifié ses travaux, notamment sur ce qu'il est convenu d'appeler le «regard colonial». Il a récemment coordonné un travail collectif, «Histoire de la colonisation : réhabilitations, falsifications et instrumentalisations». Dernier ouvrage paru Y'a bon les colonies ? (éditions Le temps des cerises, février 2011).


 

ALAIN RUSCIO. Historien

 

Le président Hollande vous semble-t-il déterminé à avancer sur la question de la reconnaissance du passé colonial de la France en Algérie ? 

 

Le parti socialiste a un passé controversé sur la question algérienne, en particulier avec la guerre d’Algérie. Toutefois, l’élection de François Hollande a été accueillie avec beaucoup de satisfaction par la majorité de l’opinion française, parce que Nicolas Sarkozy était entouré de nostalgiques, voire de militants de la nostalgie Algérie française. Toute cette aile droite de l’UMP qui a une proximité avec le Front national était aux commandes du pays. J’ai été sensible à la présence de François Hollande sur le pont de Clichy le 17 octobre 2011, alors qu’il était candidat à l’élection présidentielle pour rendre hommage aux victimes de la répression du 17 Octobre 1961. Lorsqu’il a fait, cette fois comme président de la République, sa déclaration sur le 17 Octobre, nous avons été un certain nombre à estimer que c’était un pas en avant avec un regret que le président Hollande n’ait pas employé l’expression de crime d’Etat. Le terme de crime est évident, le crime du 17 Octobre 1961 a été le plus grand massacre de personnes depuis la Commune de Paris. Et il y a eu responsabilité de l’Etat puisqu’on sait aujourd’hui que c’est un Conseil interministériel sous la direction du Premier ministre Michel Debré, et pas seulement Maurice Papon (préfet de police de Paris) qui a décidé de la répression de la manifestation des Algériens de Paris.

 

La déclaration du président Hollande est de bon augure pour la suite ? 

 

Les relations franco-algériennes partent de tellement bas qu’il ne peut y avoir qu’amélioration à la faveur du voyage du président Hollande en Algérie dans le domaine mémoriel en particulier. Quelques phrases du président Hollande seraient du plus grand intérêt et je pense que le président Hollande les prononcera, parce que les gens qui sont dans son entourage savent quelle importance cela a pour le peuple algérien. Je fais partie des personnes qui ne partagent pas la notion de «repentance», parce qu’il y a eu plusieurs France. Mais puisque le président élu la représente, il devrait dire, à mon avis, que la France officielle doit regarder son passé colonial en face, qu’elle a mené une guerre qui a été hors de toute raison humaine, qu’elle a semé des ruines et des deuils sur tout le territoire algérien, c’était vrai aussi au Vietnam, à Madagascar et dans une moindre mesure au Maroc et en Tunisie. Ce serait un geste envers un pays ami comme l’Algérie, ce serait un geste fort envers la vérité et aussi un geste envers le peuple français et sa composante franco-maghrébine.

 

Pourquoi cette reconnaissance est-elle si difficile à réaliser ? 

 

Pour répondre à cette question, il faut s’appuyer sur l’analyse de ce qu’étaient les piliers de la pensée coloniale. La pensée coloniale était basée sur la notion de hiérarchie des races, des civilisations et des cultures. Il y a un décalage me semble-t-il dans l’évolution de l’esprit des Français entre l’effondrement du système tel qu’il était à son apogée et à sa fin, et l’évolution dans les têtes. Il y a encore beaucoup de Français et d’hommes politiques qui sont dans la situation de penser, non plus qu’il y a d’un côté la civilisation et de l’autre la barbarie, mais que notre civilisation est plus tolérante, plus humaine, plus humaniste que les autres. L’autre aspect c’est que la France, là aussi, a avec le monde arabo-berbère en Afrique du Nord et plus encore en Algérie, une spécificité qui concerne le racisme anti-maghrébin, plus anti-algérien. C’est le racisme le plus ancré en France et qui agit.    Il    convient de noter que ce racisme anti-arabe et anti-maghrébin est plus ancien que la guerre d’Algérie, les premiers textes assimilant barbarie et monde musulman datent des croisades. Tous ces préjugés se sont, génération après génération, ancrés dans les esprits et donc le refus officiel de la France est un peu le reflet de tout ce magma. En 1993 le président Mitterand, en visite au Vietnam, a, dans une déclaration officielle, affirmé que la guerre d’Indochine a été une erreur. C’est une reconnaissance de fait. Ce que j’attendrai du président Hollande c’est qu’il dise que la guerre d’Algérie était sans fondement, qu’elle n’a fait que des victimes, mis à part les grands colons qui ont quitté l’Algérie. Même si on s’en tenait à la fourchette la plus basse de victimes civiles algériennes avancée par certains historiens (400 000 à 450 000 victimes, en dessous du chiffre officiel algérien) c’est une saignée humaine qui est comparable à celle de la Première Guerre mondiale. Les victimes de la Première Guerre mondiale étaient des soldats, or dans la guerre d’Algérie, il y a eu des centaines de milliers de victimes civiles. Dans une moindre mesure les appelés français qui n’avaient rien à faire en Algérie et qui y ont été à contrecœur en ont souffert, soit par la mort, soit par des blessures, soit par le choc psychologue. Et si la population pied-noir n’avait pas suivi, dans sa majorité, jusqu’au bout l’OAS, une cohabitation dans une Algérie indépendante aurait pu être imaginable. C’est une guerre qui a été détestable pour tout le monde. Toutes les politiques de guerre en Algérie de Mendès France à Michel Debré ont été désastreuses également pour la société française.

 

Qui sont les nostalgiques de l’Algérie française ? Que représentent-ils réellement en termes d'influence, de représentativité ? 

 

Certains sondages faits auprès des anciens européens d’Algérie montrent qu’ils votent plus à droite et à l’extrême droite que la moyenne des Français mais ce n’est pas un raz-de-marée. Il y a un groupe de pression très minoritaire mais très actif qui continue à entretenir la haine. C’est une génération qui va mourir dans quelques années sans avoir rien compris à son malheur et qui continue à répéter la sempiternelle rengaine «ce pays était à nous» sans comprendre qu’un peu d’acceptation, de partage, le refus du racisme et du mépris, auraient pu non pas sauver le colonialisme -il était condamné- mais en tous les cas préserver une cohabitation future dans une Algérie indépendante. Ces gens-q là ne l’ont pas compris. Ils sont très actifs à travers les sites internet, à travers les manifestations mémorielles, bien qu’étant minoritaires, ils réussissent toujours à faire masse autour de leurs thèmes. Je constate qu’ils transmettent aux générations qui suivent leur rancœur et leur nostalgie du paradis perdu. Et si ces jeunes n’ont pas l’esprit critique, s’ils écoutent ce que disent leurs parents, s’ils ne lisent que cette littérature, ils vont croire à la légende dorée de l’ «Algérie heureuse».

 

Ils ont des soutiens et des relais politiques... 

 

Ce lobby pro-OAS ou pro-Algérie française a su surfer sur la droitisation de la politique française, mais également placé des pions un peu partout. Mme Tabarot (choisie par Jean-Fran-çois Copé comme secrétaire générale de l’UMP, (ndlr) contribution d’Alain Ruscio dans El Watan du 22 novembre 2012) est un exemple éclatant. M. Tabarot père, quand il est revenu en France, en 1962, n’avait qu’une seule idée, prendre sa revanche politique sur le gaullisme, sur la société française. Ces gens-là sont dans un état d’esprit de guerre ouverte, de guerre des mémoires.

Avec la loi du 23 février 2005, ils ont fait un travail de fourmis auprès d’élus et de personnalités politiques pour réhabiliter le colonialisme.

Si des gens de gauche et de progrès ont répliqué, c’est qu’ils se sont estimés en situation de légitime défense tellement il y avait une distorsion de la réalité. Il fallait répliquer et rétablir les choses.    

 

N.    B. 

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L'APPEL DU CERCLE NEDJMA

Lever les hypothèques

 

Le voyage du président François Hollande en Algérie semble avoir pour objectif de donner un nouveau souffle à la coopération entre les deux pays afin de lever toutes les hypothèques qui pèsent sur celle-ci.

 

Sans doute, plusieurs dossiers feront l’objet de négociations. L’importance accordée aux questions économiques doit aller au-delà de simples contrats industriels et commerciaux. Elles doivent intégrer les données relatives au développement des nouveaux secteurs porteurs de l’économie d’aujourd’hui (biotechnologies, technologies de l’information et de la communication, énergies renouvelables...), en mettant en œuvre de véritables programmes communs de formation, de recherche et de transferts de technologie. Si, par ailleurs, l’histoire écrite par des Algériens et véhiculée par les médias rejette systématiquement tout ce qui a pu être produit par l’histoire coloniale, et qu’elle n’en retient que les seuls éléments qui permettent d’alimenter une «légende noire», c’est qu’une certaine France se donne toutes les raisons d’une bonne conscience au moindre coût, comme nous le montrent la réactivation des mythes de «l’Algérie française» et la réhabilitation des criminels de guerre.

 

Si nous apprécions les condamnations des massacres du 8 mai 1945 et du 17 octobre 1961, nous estimons que la rupture avec la tradition historique coloniale qu’opère, avec courage, une nouvelle génération d’historiens ne saurait porter tous ses fruits tant que l’enseignement de l’histoire coloniale n’est pas envisagé comme un problème national et que la responsabilité historique de l’Etat français dans le drame algérien n’est pas reconnue. Et, à partir de là, nous l’espérons, l’instruction civique pourra faire son œuvre.

 

La situation des libertés dans notre pays est à bien des égards préoccupante. Nous ne demandons pas aux Français et à leurs gouvernants de se substituer à notre peuple pour instaurer la démocratie.

 

Nous leur demandons de ne pas contrecarrer les espoirs de liberté, de justice et d’amitié entre nos deux peuples, en se portant au secours de l’affairisme, des forces d’oppression et d’exploitation. La liberté et la convergence entre Algériens et Français dans la lutte contre le racisme, la xénophobie et les ressentiments sont à ce prix. Il faut bien admettre que les relations entre l’Algérie et la France ne se résument pas à des relations entre Etats. On ne peut évacuer la densité des rapports humains, qui impliquent des individus, des familles, des réseaux d’amitié, de syndicats, d’ONG... Les accords sur la circulation des personnes et des groupes se doivent de tenir compte de cette réalité.

 

Paris, 10 décembre 2012. 

A l 'initiative du Cercle Nedjma :

Madjid Benchikh,

Ahmed Dahmani,

Mohammed Harbi,

Aïssa Kadri. 

 

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