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Publié par mohand

Assassinat des moines de Tibhirine, M. Yves Bonnet : «Les déclarations d’un ancien général des services français sont purement et simplement mensongères»

"L’Algérie va de l’avant désormais !"

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M. Bonnet, en tant qu’ancien patron de la Direction de la surveillance du territoire (DST), quelle appréciation faites-vous de la nouvelle version  qui accuse les services de sécurité algériens d'avoir enlevé, puis fait exécuter les sept trappistes français, au printemps 1996 en Algérie ?

Ecoutez, il se trouve que lorsque les moines étaient retenus en otage, je suis venu à deux reprises à Alger, pas du tout pour ça d’ailleurs. Certains ont prétendu que c’était pour cette affaire et que, à chaque fois, à sa demande, j’ai rencontré mon ami, feu M. Lamari Smail qui était directeur de la sécurité intérieure à l’époque. Il a voulu m’en parler, et s’il a voulu m’en parler, c’est parce qu’il était très inquiet et qu’il sentait bien qu’il y avait des choses qui  n’étaient pas très catholiques. Il s’en est ouvert à moi. Nous en avons parlé. J’ai ensuite témoigné que loin de vouloir la mort des moines de Tibhirine, c’était un vrai souci pour lui que de savoir ces pauvres moines entre les mains de fous furieux.

Il se trouve aussi que, quelques années plus tard, un écrivain qui s’appelle René Guitton a voulu écrire un livre qui s’appelle «Si nous nous taisons.» Je lui ai proposé de venir en Algérie, puisque c’est ici qu’on peut trouver la vérité, et grâce à Smail Lamari, j’ai pu d’une part aller à Tibhirine,  d’autre part rencontrer enfin à Blida et à Médéa les responsables du DRS, et surtout prendre con-naissance des dossiers.

Ce sont des dossiers qui sont rédigés en français. Alors, évidemment, ce n’est pas difficile de les lire. J’ai vu par le détail ce qui a été entrepris pour sauver ces malheureux moines. J’ai vu aussi les photos des têtes qu’on avait retrouvées, et ça c’est très important et très intéressant,  parce que si vous aviez l’occasion de les voir un jour, vous verriez comme moi qu’aucune de ces têtes ne porte de traces d’impacts. Si les moines avaient été tués par un hélicoptère, comme je l’ai déjà expliqué à la télévision algérienne, ils auraient évidemm ent été criblés de balles. Ce n’est pas du tout le cas, et manifestement, ils avaient été tués autrement. Je pense qu’ils avaient été égorgés.  Et ça, c’est la méthode du triste sire qu’était Zitouni.

Donc je peux témoigner que les affabulations et les élucubrations d’un ancien général des services français sont purement et simplement mensongères. C’est le mot qu’il faut dire, et je n’hésiterais pas à le prononcer.

Vous soutenez aussi le fait que les pseudo nouveaux témoignages sont peu crédibles par rapport à la réalité des événements ...

Evidemment ! A la lumière des nouvelles révélations parues dans la presse algérienne, ce que j’ai dit apparaît clairement comme tout à fait vrai.

Moi, j’ai fait quelques interventions à cet égard, et très franchement, je déplore le fait d’avoir été le seul à le faire. Et je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit  dans cette affaire.

Je n’avais pas de détail. Je ne savais pas comment ils étaient morts évidemment, c’est aujour-d’hui qu’on l’apprend. Mais moi, ce que j’ai dit dès le départ, c’est que ces moines ont été tués par des terroristes et n’ont pas été tués par l’armée ou par les services de sécurité algériens, fût-ce par une bavure qui pourrait toujours exister.

Mais, vous savez, dans une bavure, quand vous avez une certaine expérience, et j’ai cette expérience dans cette chose, on peut tuer une ou deux personnes dans une bavure mais on ne tuera pas sept personnes. Il ne faut pas exagérer. Et puis ces sept moines n’étaient pas seuls au milieu de la nature en train de se promener et de cueillir des fleurs. Ils étaient entourés par un nombre au moins équivalent de gardiens, et cela on n’en parle pas, ils ont été tués aussi. Je crois qu’il faut savoir raison garder, et je pense que, malheureusement, cette affaire des moines de Tibhirine prouve la grande facilité avec laquelle en France on se précipite sur la thèse qui discrédite nos amis algériens et surtout quand il s’agit de l’armée algérienne ou des services de sécurité algériens. C’est dans la logique du « qui tue qui ? », ce qui n’est pas normal. Pourquoi les Algériens n’auraient pas le droit de se défendre comme tout le monde ?

Justement, dans ce contexte, pensez-vous que l’Algérie est un bon exemple en matière de lutte contre le terrorisme ?

L’Algérie, c’est l’exemple même ! C’est le seul. C’est le pays qui a été confronté à la menace la plus virulente, et c’est celui qui s’en est le mieux sorti. En plus, les Algériens étaient seuls face à ce fléau. Ils le combattaient sous les regards narquois de certains, et pas seulement des Européens…

Revenons à la rencontre  sur « la menace terroriste à la lumière de la situation en Libye » qui s’est tenue samedi dernier à Alger. Quel est, à votre avis, l’impact qu’elle pourrait avoir ?

Cette rencontre a pour objectif de faire le point comme nous le faisons régulièrement sur le contexte qui enveloppe et qui conditionne les activités terroristes d’un certain nombre de personnes, de groupements, d’associations...

Ce qui nous apparaît, c’est que, ce qui vient de se passer en Libye et qui n’a pas été terminé, change assez considérablement la donne. Il est absolument important de clairement identifier les changements qui interviennent de façon à ce que chacun prenne  ses responsabilités, afin de mieux adapter la réponse à la question. Je précise bien que nous, nous ne sommes pas des professionnels du renseignement. Certes, je l’ai été mais je ne le suis plus. Les informations que nous donnons sont des informations ouvertes, et par ailleurs, ce qu’il faut dire aussi, c’est que les appréciations que nous donnons n’engagent que nous. Mais l’avantage qui compense cette absence de renseignement opérationnel, nous avons un certain recul et une totale indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics de nos pays respectifs puisque nous ne sommes pas seulement français, nous sommes aussi algériens et nous avons des amis en Russie, en Belgique, en Italie et des correspondants un peu partout. C’est donc une confrontation pour bien cerner les nouvelles donnes internationales.

Après vos récents déplacements dans ce pays, vous avez une idée assez précise de ce qui s’y passe. A votre avis le danger se situe où réellement ?

 Il se situe dans deux faits tout à fait incontestables. La montée d’un islamisme dur et militant en Libye, un pays qui avait un régime autoritaire, dictatorial, mais laïc, où  la condition des femmes était satisfaisante, où elles pouvaient agir, se promener, travailler librement,  sans contraintes religieuses. Le second fait est plus inquiétant. Il se situe dans la présence avérée et nominativement désignée d’un certain nombre de militants et de responsables d’El Qaïda au sein du CNT. Et ça, c’est beaucoup plus grave parce que nous le savions très honnêtement, avant de nous rendre en Libye, mais malheureusement les faits n’ont fait que se confirmer.  Quand je vois un personnage de ce genre qui est en charge de la sécurité à Tripoli, c’est à vous donner des frissons dans le dos ! C’est tout de même extrêmement préoccupant. Vous imaginez Ben Laden chargé de la sécurité du Caire ou d’Alger ? C’est à peu près la même chose !

Qu’en est-il de la présence d’armes lourdes? Sont-elles réellement en libre circulation, à la portée du premier venu ?   

D’abord, dans des conflits de cette nature, il y a toujours une extraordinaire floraison d’armes. On l’a vu dans le conflit yougoslave, irakien. Les marchands d’armes ne sont jamais les derniers à aller faire des affaires ! Il y a beaucoup d’argent qui est mis sur le marché, une offre et une demande assez importantes, et l’offre répond tout à fait aux aspirations de la demande. Il y a même un «surarmement», et c’est assez extra- ordinaire à cet égard. Tout simplement, quand on se promenait dans les rues de Tripoli ou de Benghazi, on voyait clairement que les gens étaient bien armés, spécialement à Benghazi. Il y a lieu de signaler que la police libyenne n’était pas armée. C’est assez curieux, elle était presque la seule à se  promener sans arme. Evidemment, ce surarmement est une occasion rêvée pour initier des trafics d’armes. Il y a un certain nombre de pompes aspirantes, en quelque sorte, qui existent. Il y a toute la région du Sahel, la région de l’Afrique subsaharienne où il y a un appel d’air fantastique, évidemment pour les activités AQMI. Mais il y a pire, il semble bien que les  trafics d’armes existent ou ont été créés  en direction d’Afghanistan, et ça c’est un retour de bâton qui n’était peut-être pas tout à fait prévu.

Il y a quinze ans, j’ai dit que les terroristes islamistes ne gagneraient jamais en Algérie. Tous les experts ricanaient derrière mon dos, en se disant que ce pauvre type dit n’importe quoi. Peut-être que je disais n’importe quoi mais les faits m’ont donné raison. C’est clair qu’il n’y aura pas de déstabilisation. Par contre, ce n’est pas la peine non plus d’aller encourager l’émergence et  la création de nouvelles cellules terroristes.

L’Algérie certes, a acquis une grande expérience, un grand savoir-faire, elle sait régler ce genre de problème. Enfin, ce n’est pas la peine non plus d’aller mettre de l’huile sur le feu. Et l’Algérie va de l’avant désormais !

Entretien réalisé par Wassila Benhamed  

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