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Publié par mohand

La situation en Égypte avec ses incertitudes polarise les regards et occulte le mouvement d’ensemble dont elle n’est qu’un élément. Un recadrage plus large est lisible et, sauf ruptures brusques, va reformater fortement l’échiquier régional.

Une séquence se termine.

L’objectif de faire chuter le régime de Bachar El Assad a pu, un moment, accroître le degré relatif d’autonomie du Qatar vis-à-vis des usa. Le rôle de bélier assumé par le micro état wahhabite a desserré temporairement sa bride et l’a doté d’une certaine liberté de manœuvre. Dans le contexte particulier des « printemps arabes » marqués par des contestations populaires, à la puissance apparente mis aux graves faiblesses politiques et organisationnelles, l’internationale islamiste a identifié l’opportunité de prendre appui sur les limites des contestations populaires pour pousser son avantage au-delà de ce que délimite son alliance avec les usa pour concrétiser son objectif fondamental : l’instauration d’un califat – appelé à terme à s’étendre à l’ensemble de la planète —. Les usa loin d’être dupe de cette démarche, l'ont probablement considérée comme une divergence secondaire. L'essentiel dans leur agenda étant l’effort de guerre contre le régime de Damas et donc prioritairement de consolider le rôle du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) dans cette guerre « par procuration » substituée au soulèvement populaire syrien.

Le spectre du califat a pu (peut ?) avoir de l’attrait aux yeux des usa. Il peut s’intégrer, si nécessaire, à leurs préméditations. Un empire théocratique sunnite qui enserrerait l’Iran servirait leurs dessins et donnerait plus de vivacité aux clivages schismatiques de l’islam. Et au-delà, cet empire théocratique qui s’érigerait aux portes de l’Europe jouerait comme une menace utile qui ramènerait le vieux continent à sa vieille situation de dépendance sécuritaire à l’égard des États-Unis. Situation qui fut son lot durant la guerre froide. Nonobstant ses dangers, l’éventualité de l’instauration d’un califat ne manque pas d’avantages potentiels dans les scenarii américains, qui dans ce type de jeux n’en sont pas à leur coup d’essai. Mais voilà que le régime de Bachar El Assad tarde à tomber et semble même capable de négocier une fin de conflit.

Une cynique géopolitique.

Le régime de Bachar tient d’abord du fait de sa cynique détermination dans la guerre contre ses populations, une guerre qu’il s’évertue à pousser au-delà de l’imaginable. Il tient ensuite, parce qu’il a bénéficié du soutien de la Russie, de la Chine et de l’Iran. Mais, pour l’ensemble de ces acteurs, les limites à leurs positionnements, de leurs jeux, restent celles des coûts qu’ils sont prêts à consentir. Coût politique, mais surtout financier. Pour l’hyperpuissance Us les options mises en œuvre perdent toute pertinence lorsque les coûts avoisinent ceux d’une intervention militaire directe. Pour les autres acteurs « le découvert » qui peut être accordé à Assad ne peut être sans limites. Il semble donc que la partie – ou peut-être seulement la manche – arrive à terme.

Depuis le mois de mai, des éléments de recadrage s’accumulent. La Turquie a révisé « son laxisme » à l’égard des djihadistes en route vers le front syrien. Ensuite, la bride du micro-émirat qatari a été resserrée et sa clique dirigeante, de son émir à Qaradaoui, semble orientée vers d’autres destinées moins glorieuses que celle d’un diwan international. Et il n’est pas interdit de penser qu’un discret feu vert a probablement précédé la destitution du Mehdi Morsi. L’internationale islamiste a joué une course contre la montre, mais pour le moins elle semble avoir perdu la réalisation de son objectif essentielle dans la bataille syrienne.

L’islam politique contesté seulement dans son hégémonie.

Faut-Il serait pour autant considérer le recadrage actuel comme une disqualification de l’islam politique, ou une fin de recevoir définitive aux prétentions d’édification d’un empire théocratique qui irait de l’atlantique à l’Oural ? L’islam politique reste pour les usa, et dans leur sillage pour les Européens, le partenaire privilégié dans cette région du monde. Un partenaire stratégique acquit à l’ultralibéralisme et adversaire résolu et déterminé des forces nationales démocratiques des pays inclus dans le projet dit du grand Moyen-Orient. Il n’y a donc aucune euphorie à avoir, l’islam politique reste une entrave sérieuse devant les ambitions nationales démocratiques des Nations d’Afrique du Nord, d’Asie du Sud-ouest et de la péninsule arabique.

Il est de cette région comme il en est du climat de la planète. Une certitude, celle d’une stabilité durablement ébranlée, mais de nombreuses incertitudes sur les conséquences et les répercussions.

Au-delà du coup d’État, un recadrage Us des « printemps arabes »?

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