Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par mohand

Rassemblement de Paris du 03 Août 13 : Clarifications nécessaires.

Loin de l’euphorie de certains qui n’ont aucun intérêt à réfléchir après coup et à analyser l’évènement organisé le 03 Août 2013 à Tizi-ouzou, Aokas, Paris, Montpellier et en principe à Montréal,  il est important de s’astreindre à une attitude qui devait être la règle dans l’action publique où toute prise de responsabilité devrait s’accompagner d’évaluations critiques et de bilans d’échéances.

D’abord revenons sur la chronologie des faits. Deux évènements ont marqués le microcosme politico-médiatique : celui des panneaux prosélytes sur le territoire de la Wilaya de Béjaïa et celui de la cafète du village de Tifra à Tigzirt.  Le premier a suscité une réaction radicale qui est à prendre au sérieux et à ne surtout pas à passer sous silence. Les panneaux en questions ont été incendiés. Rien, jusque-là, n’indique qu’il s’agisse de plus que d’un geste de colère spontanée, mais il faut rester vigilant et aborder sérieusement la potentielle évolution violente de certaines thèses présentes sur la scène régionale Kabyle. L’incident de Tifra, de son côté a suscité d’abord la salutaire mobilisation des habitants de ce village et plus largement une mobilisation dans l’opinion qui s’est traduite par de nombreuses prises de positions. L’appel de Tizi-Ouzou « pour la liberté de conscience et de croyance » est une d’entre ces   heureuses initiatives.

Bien que marqué dans sa rédaction par une certaine étroitesse partisane, l’appel de Tizi-Ouzou a trouvé échos au-delà de la chapelle politique qui lui a imprimé cette marque rédactionnelle. Personnellement, j’en suis signataire avec une réserve exprimée clairement à ses initiateurs : « J’aurais préféré que le texte soit plus ouvert. La lutte pour la citoyenneté et les libertés est universelle.  Mais les réserves que j’exprime ne peuvent me dispenser de soutenir l’action, qui malgré tout vaut pour toute l’Algérie. »[1], position que j’ai par ailleurs publiquement clarifiée dans deux articles[2]. Le travers de l’appel de Tizi-Ouzou a été largement atténué dans l’initiative parisienne. Conçu comme une solidarité et une protection des initiatives programmées en Algérie, l’appel de Paris n’en reste pas moins un élément de définition du cadre de lutte unitaire qui semblait se dessiner. Des éléments encourageants ont même renforcés cette impression : le site Siwel a repris l’appel de Paris en y incorporant la signature de M Mhenni Ferhat. Dans une réponse au site « Algérie Patriotique » siwel a souligné le caractère citoyen de l’appel de Tizi-ouzou  en publiant les noms des signataires de l’appel « pour la liberté de consience et de croyance » : «   tout le monde sait que c'est une initiative citoyenne qui a été signé par des écrivains et des journalistes parmi lesquels figurent Mohamed Benchicou, Karim Akkouche, Zira n At Habou, Dr Messaoud Ouslimani,Noufel Bouzeboudja, Izemrasen Nat Musawally, Halim Akli (Allas di tlelli) , Mohamed Mouloudj, Rachid Hitouche, Hsen Ammour, Mohand Bakir et Cherif Hamdis... »[3]. Il y a longtemps qu’une telle initiative dynamique unitaire n’était pas à portée de militants ! C’est certainement l’espoir et l’attente de tous ces signataires qui ont apporté leurs cautions à une initiative juste tout en étant au fait de la complexité politique qui lui est sous-jacente.

Dans le dernier quart d’heure de la journée du 02 Août, le même site qui louait le caractère citoyen des initiatives en cours de préparations lance un pamphlet incendiaire contre les rassemblents de Paris, de Montpelier et du Canada : « Rassemblement du 3 aout à Tizi-Ouzou: Des algériannistes tentent de détourner le combat kabyle »[4]. Tiens donc ! Le combat pour la tolérance, la liberté de conscience et de croyance, « un combat spécifiquement kabyle (sic !) mené, comme d'habitude (re-sic !), par des kabyles. (…) L'appel de Tizi-Ouzou concerne la lutte contre l'inquisition en Kabylie (Re-re-Sic !) ». Après avoir lu ça on en tient une sacrée gueule de bois ! C’est pour cela que tous les noms cités par Siwel pour répondre à « Algérie patriotique » ont signé ? waww !!

Là, il faudrait essayer de voir un peu qui est qui. Qui sont ces algérianistes, et à qui font-ils face ? La référence « algérianiste » renvois à la position d’Ali Yahia Cid Rachid qui est resté porteur de l’approche opposée à Messali hadj à l’occasion de l’envoi du fameux mémorandum à l’ONU où l’Algérie était définie comme Arabo-musulmane. Il est donc clair que les algérianistes sont les opposants historiques à la mutilation identitaire arabo-islamique. La conception de l’Algérie Algérienne s’est opposée à la fois à l’entité coloniale dite « Algérie Française » et à la dérive assimilationniste arabo-musulmane qui sert maintenant de ferment au despotisme étatique algérien. Elle part d’une tentative de saisir l’algérianité dans son historicité[5] et sa dynamique. Donc les algérianites sont les partisans de l’Algérie Algérienne, comme dirait Rachid Ali Yahia. Une Algérie dont l’identité est le fruit d’une genèse millénaire riche d’une grande diversité. L’autre provocation de Siwel[6] pour appliquer ce concept pour qualifier l’exécrable dépêche de l’APS est donc totalement vaine. L’Algérianisme a sa cohérence, et ne peut être accolé à ce que, justement, il contrecarre depuis sa naissance.

Dans cette agitation, en face, quelle est la ligne qui s’exprime. Une ligne autonomiste ? J’ai l’honneur et le privilège de connaitre de nombreux autonomistes, de garder un contact régulier avec eux pour savoir qu’ils ne versent ni dans l’invective, ni dans le racisme, qu’ils essaient d’élaborer une véritable réflexion et de forger avec sérieux des propositions. Qu’ils ne sont pas habités par une Algérianophobie maladive et que dans leur attachement à leur région ils ont aussi le souci du devenir de son environnement et des rapports qui se tisseront ou se retisseront avec celui-ci. Ceux-là, leurs convictions sont construites sur des arguments et des préoccupations recevables.  Des indépendantistes, alors ? Pas si sûre, il peut très bien se concevoir un indépendantisme Kabyles qui ne se laisse pas vers un sectarisme violent à l’égard de tous ceux qui leurs sont différents. L’appel du 1er novembre 1954 n’était-il pas pour l’essentiel une définition des termes et des conditions de négociation avec la puissance qui nous colonisait ? Etre indépendantiste, revendiquer son droit à exercer son auto-détermination, parce que le contrat social est soit inexistant ou largement ébranlé par les conditions historiques, ne peut légitimer des comportements de semeurs de haines.

Qui sont donc ces gens qui ne peuvent supporter la vue de l’emblème algérien et qui viennent vous postillonner au visage leur haine et leur intolérance et vous dire que ce drapeau est « un chiffon », sinon l’emblème « des Banou Hillal » ! S’ils ne sont représentatifs ni des autonomistes, ni même peut-être des indépendantistes, qui sont-ils alors ?  Simplement des sectateurs agglomérés autour d’un guide sans consistance ni profondeur politique, un gourou qui verse dans un infantilisme fascisant organisé autour de son seul égo. Quelqu’un qui signe un texte pour le dénoncer quelque jour après comme on ne sait quelle manœuvre machiavélique. Qui insulte un rassemblement à quelques heures de sa participation ! Ou, qui se croit en posture d’accaparer un combat universel et l’encastrer dans les limite d’une région qui à l’image de toutes les régions de la rive sud de la méditerranée reste profondément marquée par des retards historiques dus à la prédominance de structures sociales archaïques. Ce chef sans charisme, peut venir dans un rassemblement organisé pour la défense de « la liberté de conscience » et s’ériger en censeur de conscience ! Pourquoi dit-il les kabyles de Montréal ont-ils fait leur appel en tant qu’Algérien !  Ah, cette Algérianophobie qui le mène même dans les bras de la droite israélienne et des nostalgique de l’OAS !! Cette obsession qui lui fait réviser et injurier l’histoire.  Les petits calculs du genre profiter d’une dérive réconciliatrice du RCD, qui s’engage dans un rapprochement tactique avec les islamistes, pour penser siphonner ses troupes par une surenchère tout aussi tactique sur des thèmes essentiels tel celui de la Liberté de conscience est infantile et puérile.  Ce qui est nouveau dans le M’Henisme ce sont les prémisses de l’apparition de pratiques violentes. A cet aspect des choses beaucoup de gens seront à l’avenir attentifs.  Et, il ne sera pas possible qu’une personnalité apporte sa caution à une initiative M’heniste sans y réfléchir murement. En clarifiant ainsi, qu’il s’agit de mettre à l’index un comportement sectaire potentiellement fasciste, identifié en le M’henisme, il est claire qu’il ne s’agit de cautionner aucune attaque pseudo-nationaliste contre les algériens qui s’interrogent sur les questions de régionalisation, de refondation de l’état et de renouvèlement du contrat social à la base de l’Etat-nation Algérie.

C'est la volonté et l’intérêt du vivre ensemble, de concevoir un avenir commun qui fait l'unité nationale. Aucune union n'est figée, ni immuable. C’est le projet théocratique de l'islamisme qui casse notre concorde et remet en cause notre projet national ce qui amène des déchirures. Son projet rétrograde est inacceptable pour tout algérien qui a un tant soit peu d'attachement aux espérances de la glorieuse Étoile Nord-Africaine, au projet de Novembre et de la Soummam. Ce sont les politiques de compromis avec l'islamisme, véritables trahisons, qui creusent la tombe de notre patrie, pas les projets de refondation de l’Etat. Toujours est-il que lorsque le double langage et la violence s’affirment dans une ligne politique leurs dénonciation ne doit souffrir d’aucune hésitation.

 


[1] Mail de signature envoyé aux initiateurs.

[2] « Citoyen, oui ; Dhimmi, jamais ! paru dans le soir d’Algérie du 01 Août 2013 et le journal Le Matin ; « Appel à la liberté de conscience : une action réussie » dans le journal Le Matin.

[3] Je m’étonne que ma signature figure sur un texte de publié par Siwel alors qu’elle n’a pas été rendu publique par les initiateurs de Tizi-Ouzou.

[4] http://www.siwel.info/Rassemblement-du-3-aout-a-Tizi-Ouzou-Des-algeriannistes-tentent-de-detourner-le-combat-kabyle_a5297.html

Commenter cet article

Ariless 08/08/2013 15:51

Mais pour qui se prend ce Monsieur Bakir avec ses envolées lyriques alambiquées. Est-il un simple commentateur, ou un acteur ? S'il est commentateur ici et présentateur à BRTV où il passe son temps à s'entendre parler et à croire qu'il a raison sur tout et bien qu'il commente, et qu’il parlotte bien lui en fasse.. Mais s'il prétend être acteur, il faut qu'il nous dise exactement à quelle chapelle il est lié et surtout quelles sont ses forces sur le terrain, car pour pouvoir parler d’égal à égal avec le MAK encore faut-il qu’il représente quelque chose. Lors du rassemblement à Paris, il est venu lui sa femme et une de ses cousines faire de l’esbroufe qui l’on rendu à la fois pathétique et pitoyable.
Si quelqu’un lui reproché d’avoir embarqué avec lui son drapeau algérien, il n’avait qu’à s’en prendre à celui-là, mais nous faire un caca nerveux parce qu’on a osé critiquer son beau pays qu’il voit une fois par an en vacances et venir ici comme il le fait d’ailleurs souvent à BRTV verser son fiel et sa saillie contre les autonomistes en général et contre Ferhat en particulier, le discrédite définitivement du rôle qu’il prétend tenir en tant que « démocrate, laïc algérien »…
Comme tous les démocrates laïcs algériens qui dépassent rarement les frontières de la Kabylie, il est curieusement plus souvent collé au derrière pour ne pas dire au cul du MAK qu’au derrière de ceux qu’il prétend combattre en algérie. C’est sur comment être crédible quand on feint de combattre le régime, alors qu’on les a appelés à la rescousse en 91..
Cette initiative était dès le début et tout le monde le sait une initiative du MAK pourquoi est-il venu dans cette galère ? Et bien tout simplement comme toujours non pas pour défendre son algérie chérie, mais surtout pour algérianiser toute initiative kabyle et jeter l’opprobre sur les autonomistes.
Mais ici Monsieur Bakir qui nous prend pour des idiots et essais de faire d’une pierre, deux coups, tenter de discréditer les autonomistes et tenter pathétiquement d’opposer les militants (les bons) avec leur « gourou » (la brute), oublions son rôle d’affreux truand… argument facétieux pour ne pas dire puérile.
Quand on voit le parcours de Ferhat et celui de cet excité du bocal on a un peu envie de rire, pour ne pas dire de pleurer tant il est pathétique. Mais ne soyons pas trop méchant avec lui, laissons-le encore rêver algérie laïque et démocratique, mais de grâce faite comme ce que l’on reproche au non-jeuneurs faites le chez vous, dans l’intimité et ne venez pas troubler ceux qui vivent dans la réalité.